Chroniques de l'Aegyptia (Version intégrale, fusionnée)

Ici sont chroniquées les histoires des Etats et de leurs dirigeants

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Kossnei
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Chroniques de l'Aegyptia (Version intégrale, fusionnée)

Message par Kossnei » 01 mai 2010, 09:38

  • Chapitre Premier : Trenia Heqat, L’Enjôleuse


« Dans de nombreuses légendes, on parle de magie noire et de sorciers, de destruction et de démons, mais qui a déjà parlé de cette envoûteuse bel et bien humaine qui a soufflé des populations entières et a rayé leurs civilisations respectives de l’univers ? Personne à vrai dire, car elle vit dans le secret. »

Le grand Dar Lasham, roi des terres d’Orlanhim, faisait les cent pas en narrant cette histoire qu’une demi-douzaine de scribes s’empressait de retranscrire sur des parchemins dont l’incroyable longueur était à peine entamée. L’homme ne devait pas avoir plus d’une quarantaine d’années, avait des cheveux bruns mi-longs, une barbe d’une semaine et quelques rides déjà apparentes renforçaient son regard pénétrant que nombre de ses subordonnés craignaient parfois. Car sous ces yeux gris pâle pouvaient se trouver tantôt l’attention et la générosité, tantôt la plus grande et effrayante cruauté. Véritable double personnalité, Dar Lasham n’en était pas moins la plus importante à des hectares à la ronde. Mais en cette soirée d’hiver deserticain – les tempêtes de sable étaient au rendez-vous – il semblait troublé par une présence. Ne cessant de se retourner et de scruter les alentours, il avait également renforcé la sécurité autour de son énorme et unique cité, avant de dépêcher un message stipulant que tout citoyen écrivant aisément, promptement, et capable de supporter des heures d’acharnement perdues dans les pensées d’un homme se présente au palais.
Autant dire que peu vinrent. Mais ceux qui avaient eu la force de répondre à l’appel au nom de leur roi allaient entrer dans la plus incroyable des légendes avant le reste de la ville…


« Vous êtes ici pour entendre son histoire, que je connais. Eh oui, malgré mes airs de brute sans cervelle, j’ai tout de même une culture qui vaut bien celle de n’importe quel autre chef d’état.
Cette enjôleuse, dupeuse de fiers empereurs et braves soldats, parcourt l’univers et amasse richesses et hommes de main sans scrupules…et sans limites. Elle a sous ses ordres l’armée la plus énorme qu’on puisse imaginer. »


Tout cela paraissait bien absurde, et certains s’arrêtaient de copier tant ils étaient abasourdis. La galaxie entière n’est-elle pas connue et surveillée ? Une vague d’effroi parcourut le restreint comité, car si certains étaient effrayés par les mots de la tête de leur état que renforçait le souffle du vent, d’autres semblaient plutôt inquiets pour la vie de l’état qui, gouverné par un mystificateur, voyait sa fin arriver. Chacun d’entre eux fut rappelé à écrire, car Dar Lasham reprenait la parole, rompant un silence de plomb.

« Evidemment, par ‘énorme’, je n’entends pas tant la puissance que le nombre de soldats. Incroyable à avaler, mais l’on dit qu’il y en aurait des millions. Je doute que le plus grand état de l’univers lui-même en contienne tant. Mais les personnes les plus respectables que je connaisse qui aient entendu parler de cette histoire renchérirent cet état de fait. Où donc se cache donc cette magicienne, nous l’ignorons tous, sauf ceux qui la servent évidemment. Mais ce ne sont là que des esclaves de sa pensée, renforcés physiquement et mentalement par sa volonté de réunir l’humanité sous une seule bannière, ils n’en diraient mot, et ce, même sous la torture.
Aussi, seuls ceux possédant une force morale infinie ont pu s’extirper des liens magiques avec lesquels cette idéaliste les avaient enrôlés. Et ils ont témoignés, l’un d’entre eux devant moi, avant de mourir sous le choc de l’aveu.
Et je crois à cette histoire, j’ai senti qu’aujourd’hui notre monde était menacé, que Desertica semblait être la plus propice des planètes pour ses desseins de conquête ! Nous avons senti, nous autres grands penseurs, qu’une aura incroyable approchait, et c’est pourquoi je tenais à ce que vous sachiez cela avant que notre cité et nos hommes ne soient…inévitablement…pris. »


Le souffle sévissait toujours, et au dehors, partout le sable volait.

« Je vous ai rapporté tout cela...maintenant vous savez. »

Le bruissement se transformait en un mugissement sourd, les portes tremblaient sous l’impact de la tempête.

« Il vous reste une chose à savoir, avant que vous ne partiez. »

Le silence était tombé soudain, tout le monde l’avait remarqué, excepté le roi Dar Lasham qui toisait son audience avec des yeux exorbités.

« Retenez ce nom, Trenia Heqat. Quand vous l’entendrez, fuyez le plus vite possible, et ne vous laissez pas arracher à cette vie que j’ai tenu à faire profiter chacun ici.
L’Enjôleuse va sortir de son silence incessamment sous peu. Et elle va assouvir ses désirs, respecter son plan, mener à bien ses projets. Partez maintenant, diffusez la nouvelle partout où vous le pourrez, mais pas à la Corporation, ces crétins ne pensent être menacés que par d’autres idiots de leur espèce. Ils ne vous croiraient jamais. Allez, dépêchez-vous à présent. »


Au loin, un long râle s’éleva de la plaine déserticaine, et l’on sut que c’était fini d’Orlanhim. Les témoins de la folie d’un roi rejoignirent les ténèbres ; et ceux de la vérité, le néant.
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Re: Chroniques de l'Aegyptia (Version intégrale, fusionnée)

Message par Kossnei » 01 mai 2010, 09:39

Les coups de feu avaient été inutiles, une ville si peu peuplée ne pouvait faire l’objet d’une prise de contrôle violente comme il en avait parfois été avec des contrées du sud, les opposants y étaient sobres et intelligents – ce qui était le facteur de difficulté le plus contraignant pour cette armée de soldats-mages – en plus d’y être nombreux. Tous avaient de toute façon baissé les armes à un moment, et leur désormais maîtresse préférait de loin une victoire propre à une boucherie inutile. Cela lui épargnait quelques cordes vocales, et accessoirement quelques hommes.
La ville avait donc été vidée, les nouveaux soldats de Trenia Heqat étaient partis bien loin, dans le repère de l’innombrable, revêtant leurs nouvelles couleurs, arborant déjà leur nouveau blason, laissant la ville à l’escadron qui avait aliéné leurs pensées et leur volonté.
Partout désormais, des hommes à l’uniforme vert et la cape noire se tenaient l’arme à l’épaule autour des bâtiments, certains patrouillant, d’autres fouillaient intra muros. Au loin, la tempête avait repris son tumulte, et au travers des volutes de poussière que projetait la tornade, une ombre, une silhouette se dessinaient, un corps de femme se laissait deviner, une chevelure d’ébène torsadée se balançait. D’un pas rapide, elle approchait pour savourer sa modeste victoire, d’une démarche assurée, elle marchait au-devant de l’unique âme encore solidaire de ses desseins, de plus en plus proche de la cité, l’Enjôleuse allait s’entretenir avec son roi.

A peine eut-elle fait un pas en son sein que la cité d’Orlanhim, triste mais muet témoin du spectacle de la désertion de ses habitants, se ranima. Heqat prenait possession de la lumière, la maniait à sa guise, elle restaura le son d’une ville en ébullition, comme elle l’avait été quelques secondes plus tôt, et ses hommes devinrent leurs homologues Orlanhiens, dupant Dar Lasham qui avait déjà accouru à sa fenêtre, se désolant de la mort simultanée de ses messagers, et jetant des regards inquiets en deçà de son balcon, comme pour se rassurer que le phénomène ne s’était pas propagé. Il ne vit pas les pavés reposer sans contrainte de milliers de pas, il ne vit pas la grand-rue envahie par d’innombrables ennemis, il ne vit pas son ciel soudain d’une pâle noirceur.

Et c’est alors qu’elle entra silencieusement. Son aura flottait lourdement dans la pièce, les membres du roi s’engourdissaient, et sa vue se troublait. Ou peut-être était-ce le ciel qui était subitement et sans raisons devenu sombre ? Il s’avère que les soupçons étaient déjà bien installés dès la mort de ses secrétaires de fortune, ou d’infortune en l’occurrence, mais ils décuplèrent à cet instant. Dar Lasham continua d’observer les ruelles qui damaient la ville, où les gens travaillaient ou s’amusaient, mais quelque chose paraissait bizarre. Ses yeux se levèrent de lui-même au ciel, et le voile tomba, la supercherie fut découverte. Tant de magie se reflétait dans ces nuages sombres qu’il semblait incroyable qu’il ne l’ait perçue plus tôt. Les hommes qui vivaient là quelques minutes auparavant n’étaient plus siens à présent. La pilule était dure à avaler, car même s’il s’y était préparé, le régent ne s’était pas attendu à voir tomber la quasi-totalité de son état représentée en ces murs avant quelques jours. Les plans de l’émigration massive étaient déjà installés, et seuls les opposants politiques auraient été « invités » poliment à rester. Tout était parfait, il voyait là un moyen de jouer mine de rien d’une pierre deux coups, tout était parfait, le territoire serait effacé mais l’on parlerait de ce peuple dans Galactica, tout était parfait, avec ou sans son peuple son ascension à la pitié puis rapidement au respect aurait été rapide, tout était parfait…sauf le timing.
A présent le malheureux, peut-être inconsciemment victime de ses projets, se retrouvait encerclé, enfermé dans les étroites mailles d’un large filet, la civilisation qu’il avait mis tant de temps à faire croître ruinée sous son orgueil.
Maintenant il attendait celle qu’il avait attendu toute une vie, non sans crainte mais avec, il faut l’avouer, une pointe de curiosité. Cela faisait si longtemps…

Passée la porte du bureau, de l’autre côté du couloir, elle était là, avançant d’un pas gracieux, sa cape virevoltant sous l’air que déplaçait chaque pas. Trenia savait qu’il était là, et elle savait déjà ce qu’elle avait à lui dire. Elle avait passé tant d’années à ressasser ces mots, elle ne pouvait croire que dans quelques secondes, le fruit de cette longue période serait enfin dégusté. Il n’y eut aucune hésitation lorsqu’elle posa la main sur la porte aux nombreuses moulures et en apprécia le relief, un simple frémissement aurait trahi sa réelle personnalité, et cela, elle ne le désirait en aucun cas.
Elle était et resterait la dame au cœur sombre et inconnu pour tous, même pour les hommes du genre de Dar Lasham.
L’Enjôleuse poussa la porte, et elle le vit, accoudé à la balustrade, attendant sans broncher qu’on vienne l’en ôter, par quelque moyen que ce fût.

Il n’eut aucunement besoin de se retourner pour savoir que les pas qui résonnaient sur ses dalles de marbre étaient ceux d’une personne dont il n’avait aperçu le visage depuis des années, des décennies même, et de toutes les façons, il eût été idiot de faire cela : elle lui aurait inéluctablement imposé son emprise. Il pouvait résister à sa magie, mais point à ses yeux.

Après tout, c’était sa sœur…
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Re: Chroniques de l'Aegyptia (Version intégrale, fusionnée)

Message par Kossnei » 01 mai 2010, 09:43

— Bonjour Trenia. Je t’attends depuis environ trois secondes maintenant. Toujours aussi imprévisible.

L’homme eut un flash : une fillette d’environ six ans lui pose les mains sur les yeux, et lui, surpris par l’acte, en tombe de sa chaise.

Surpris par l’émotion, Dar Lasham sentit son cœur s’emballer, mais resta stoïque.


— N’essaie pas de m’avoir ainsi, sœurette. Tes petits tours ont peut-être ruiné une armée de fidèles, mais je ne suis pas comme eux. Je te connais trop bien.

La femme, plus jeune que son frère, avait aussi l’air plus rieur, elle secoua sa longue chevelure tout en esquissant un sourire. Le régent déchu sentit de l’air frais caresser sa nuque, mais refusa pertinemment de se retourner. Il ne voulait savoir à quel point elle était restée celle qu’il avait connu il y avait…

— Douze années, mon frère, que nous ne nous sommes vus. Te souviens-tu ? J’avais seize ans, et toi pas plus de trente, quand le destin nous a séparé…

— Ne mets pas cela sur le dos du destin, Trenia. Je sais que tu es partie de ton plein gré avec ces gens. Ils t’impressionnaient, tu les admirais, et tu ne voulais plus de notre vie.


Dar Lasham fulminait. Pourquoi… comment pouvait-elle insinuer que tout ceci était prédestiné ?

— En effet, je les ai adoré, je les ai aimé même… Leur vie, leur parcours, je les enviais. Ils m’ont tout de suite acceptée, ils m’ont rendu mon amour pour eux. Et puis j’ai adopté leur mode de vie, on a tout partagé, foulant la terre plus que tout autre l’eût fait, jusqu’à notre séparation soudaine, subite, mais acceptée par chacun, comme si c’était écrit. Elle m’a tant rappelée la nôtre, Asahlm, si tu savais…
Quant à toi, mon frère, quoi que tu en penses, j’ai toujours voulu te retrouver, mais personne ne te connaissait sous un autre nom que celui de Dar Lasham, ce qui m’a rendu les recherches difficiles.
Néanmoins, j’ai été aidé par le plus fidèle de mes hommes, et également celui dont l’intelligence surpasse toute autre parmi nous, et auquel tu seras bientôt présenté, du moins si tu daignes me suivre. Oui, j’ai trouvé qui tu étais. Dar Lasham, l’anagramme d’Asahlm précédée du mot Dar, premier mot du livre des Arcanes que notre père étudiait dont tu as connu le sens… « pouvoir ». J’avais remarqué comme tu y étais attaché, et en en parlant à Erigeo, en lui en citant la phrase qui était sur la couverture plus précisément, il a compris.

— Erigeo ? Tu veux dire Erigeo Sondar ? L’homme que notre père consultait pour ses annonces au sénat ?

— En effet, satisfaite que tu l’aies remarqué. Je me disais qu’il serait un allié des plus prépondérants dans mon accession au pouvoir, j’avais visé juste.
J’ai peiné à le trouver lui aussi, mais finalement j’ai réussi, comme toujours.


Ses yeux rieurs étaient toujours braqués sur son frère, elle s’amusait, alors qu’elle avait été si troublée en entrant. Heqat l’Enjôleuse oubliait presque qu’elle avait un jour quitté cet homme dont le corps restait inlassablement tourné vers les restes d’une cité qu’il avait contemplé chaque matin en ouvrant les rideaux. Une cité fière, modeste mais croissante, et dont le chef était des plus persévérants et efficaces. Nul doute que sans sa sœur, il l’aurait élevé au niveau actuel de sa communauté à elle, ces hommes craints de tous. Elle ressentit soudain une pointe de remords en pensant à ce qu’il serait advenu si elle-même avait été défaite en quelques secondes par son propre frère. Lui eut plutôt un répugnant élan de curiosité. Il ne voulait pas donner le plaisir d’une question à son bourreau, mais ce dernier avait attisé un feu dans son âme, feu qu’il aurait renoncé à partager en sa situation.
Toutefois, n’y tenant plus, ses lèvres se délièrent et prononcèrent ces mots :


— Raconte. Qui, depuis quand, comment et surtout…où ?

Elle éclata d’un rire qui fit frémir Asahlm. Ses yeux brillaient à présent d’une lueur où l’on lisait, au-delà de l’engouement, la folie. L’Enjôleuse approchait du but, elle adorait ces moments où les frissons s’emparaient d’elle, où l’adrénaline la dominait. Elle aimait tout contrôler, elle ne pouvait s’empêcher d’avoir la main mise sur chaque chose que cette dernière était apte à atteindre. C’était cela, sa nature. Nul fond méchant, nulle haine dans ses actes, juste une mégalomanie entraînée par ce qu’elle était capable de faire depuis l’âge de vingt-trois ans, quand peu de temps auparavant elle avait abandonné les sentiers qu’elle foulait avec ses compagnons pour les clairières vertaniennes où la solitude permettait une concentration illimitée, la base d’un apprentissage incroyablement rapide.

Elle répondit, soudain effrayante, les yeux flamboyants :


— Retourne-toi, mon frère.
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Message par Kossnei » 01 mai 2010, 09:51

Comme une décharge électrique surpuissante, l’éclair bleuté l’avait frappé. Une demie seconde d’hésitation avait suffit, et Asahlm avait perdu. Les flammes l’avaient happé, loin derrière l’iris marine de sa sœur. Les ténèbres l’envahirent, en même temps que la haine et le remords. Pourquoi avait-il obéi, insouciant, comme si par ces quelques mots l’amitié nouvelle avait été scellée ? Non, Heqat était vraiment sournoise, trop sournoise. Il n’apprendra jamais la leçon, désormais il irait grossir les rangs des faibles s’étant pris au jeu contre leur gré ou délibérément.
Quand ces sombres pensées allaient prendre le dessus et le submerger, l’espoir revint. Asahlm avait ouvert les yeux sur un environnement totalement différent de celui qu’il avait quitté depuis des secondes, minutes, heures, il ne saurait le dire.
Toujours est-il que le sens le plus utile pour lui revenait, sa vue. Il fit l’inventaire.
Il entendait le bruissement habituel qu’on appelle aujourd’hui silence, car celui-ci n’existe plus. Il sentait la brise sur ses joues. Il huma la délicieuse odeur des complexes sidérurgiques déserticains. Le goût n’était pas présent, peut-être cela était il dû à la magie de sa sœur ? Plausible, mais il persistait toujours une anomalie. Quelque chose semblait bizarre dans tout cela. Le rideau de la méfiance fut levé lorsque Asahlm décida de faire quelques pas. Son corps ne bougeait pas. Il essaya de lever la jambe, mais rien ne se passa, il la regarda, et s’aperçut qu’elle était bizarrement beaucoup plus courte qu’habituellement, tout comme ses bras d’ailleurs, et son buste. C’est alors qu’il comprit que ce corps n’était pas le sien…



  • Histoire de Trenia Heqat


Debout dans le sable de Desertica, le commencement. Porte de la modeste ville d’Inam, sous la direction d’Arthea Heqat.

« Je ne t’ai que trop vu. Finies les heures d’ennui, fini l’éternel aliénation de mon corps et de mon âme à mes devoirs. A moi le lendemain, la vie que mes amis vivent déjà. A moi une vie de liberté, au revoir cocon et parents. Adieu, même. »

Un oiseau se pose doucement sur son épaule. Il la rassure. Elle le caresse. Volte-face, envol, dernier regard. La voilà partie.

« Mais toi, mon frère, mon aide si précieuse, tu me manqueras. »


Flash.


Assise dans les rocailles, tête contre le froid minéral, son esprit se repose. Une soirée qui se termine, des gens qui lui sourient, ses amis qui la portent, hilares eux aussi. A refaire, dit-on toujours. A la prochaine, clame-t-on heureux.
Le soir, puis la nuit, le réveil en leur communauté, la convivialité en son sein, les éclats de rire, les regards, les farces. Une journée qui s’écoule, tellement vite que le temps s’en vexe. Une vie qui commence, déjà sans complexes.



Flash


Allongés dans les hautes herbes d’un vert vallon, immense pré. Lui est sur elle, elle est sous lui. Leurs mains sont liées, leurs yeux sont humides, leurs corps n’en sont qu’un.
Un éclair, un éclat, et le ciel se couvre. Rapidement, c’est la fuite, les cris.
L’on ne voit ni nuage, ni soleil, ni lune d’ailleurs. Du noir, rien que du noir. Tout s’était métamorphosé devant leurs yeux, le décor de rêve, le champ chaud et la situation romantique. Tout pour ne laisser qu’une telle quantité de vaisseaux qu’on en apercevait plus le ciel.



Flash


Recroquevillée sous un tertre de poussière, de poudre et de sang, elle pleure. Elle leur hurle d’arrêter, elle perd ses moyens, après avoir perdu son cœur. Aucune bombe ne la frappe ce soir-là. Chanceuse, simplement.


Flash


Accroupie dans la terre, boueuse, de ses yeux douloureux n’émanent plus une larme. Juste un regard vide, figé, alors qu’elle tourne et retourne un bout de bois, une brindille, entre ses mains d’un violet traduisant leur gel. Un instant de flottement, des pas, ce sont eux. Ils sont toujours là, ils seront toujours là pour elle.


Flash


Allongée, dans un lit douillet. Souvenirs, cauchemars, hantent son esprit, sa mémoire. Elle n’a peur mais se demande. Quelque chose grandit en elle. Non plusieurs. Un espoir, une magie, une ambition. Elle peut les sentir, les palper, ils sont là.


Flash


Assise en tailleur dans l’herbe, un archimage, deux mages. Seule. Plus de compagnons, plus d’amis. Personne ne se demande pourquoi, ni comment. Du jour au lendemain, l’adulte. Chacun suit sa voie, chacun suit ses désirs.
Les mages murmurent, elle ferme les yeux. Son aura est presque palpable à présent. Les murmures deviennent plus rapides, puis le silence. L’énergie circule. Elle est perceptible. Seulement elle ne vient d’eux, mais d’elles. Les yeux s’écarquillent, les esprits s’enflamment.



Flash


Debout devant un bâtiment d’une blancheur immaculée, en pleine forêt. Il se perd parmi les fleurs de lys en été et se confond avec le lotus en hiver. Les saisons sont douces sur Vertana, seul le climat change. On dit qu’une acquisition de chaque type de magie nécessite un apprentissage sur une année complète.
Lotus et Lys. Magie obscure et magie pure.

Les amis derrière les portes du passé, les multiples desseins derrière les portes de cette université de magie. Elle y perfectionnera ses talents, rénovera l’imagination, révolutionnera la persévérance, elle créera des mondes.



Flash


Assise à une table, le soir, vent et tonnerre s’en mêlent. L’hiver. Elle l’avait attendu si longtemps. Elle pressent ce qu’il va se passer ce soir. Les yeux se ferment, les lèvres s’ouvrent, les incantations, les litanies, s’en échappent. Puis soudain, tout change. La pièce devient sphère, le parquet béton, les étagères immeubles et les tables maisons. Premier pas vers un monde artificiel. Interdiction formelle de création sans accord et surveillance du professeur, se souvient-elle. Elle n’en a cure.
L’excitation fut forte ce soir-là. La sanction également.
Renvoi pour désobéissance déguisée en zèle, dur prix de l’apprentissage de la sagesse. Dernière leçon.



Flash


Plaines d’une herbe jaunâtre. Course, sifflement, armures percées. La troupe de cent cinquante hommes s’arrête, soudain intriguée par la chute subite du dixième d’entre eux. On cherche la cause, elle n’est pas loin. Petite et fine silhouette, il est interloqué. Chef robuste de cette équipe, il s’avance. Grognements contre parler aisé. Elle l’emporte, lui cloue le bec. Relève la tête. Tous la regardent, cette armée est sienne, ces yeux bleu électrique les y contraignent.
Il ne reste qu’une ville, la grand-ville de Kiham Hasat, Krasnod, et ils en auront fini. On peut lire cela sur son visage. Elle est fascinée par ce qu’une femme peut faire de sa volonté et de son ambition.



Flash


Pièce éclairée, elle entre, pièce d’un noir spectral. Il est déchiré, le quadragénaire, le grand homme d’affaires, l’élancé brun de Krasnod, le régent de ces terres, Kiham Hasat. La peur s’en empare, tandis que les mots d’un froid Asherien martèlent ses orifices auriculaires, pour aller frapper au plus profond de son cortex cérébral.

« Pas d’issues, pas d’issues, pas d’issues. »

Il se débat, longtemps, longtemps. Force morale incroyable, mais elle est persévérante, elle a appris à l’être. La victime faiblit, puis abandonne. Ses sentiments sont happés, ses sens sous contrôle.
Il est le premier ministre Aegyptian, désormais.



Flash


« Bonjour, Erigeo. »
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Re: Chroniques de l'Aegyptia (Version intégrale, fusionnée)

Message par Kossnei » 01 mai 2010, 09:54

Bien du temps avait passé depuis… depuis cette rencontre, entre Erigeo Sondar et Trenia Heqat. Depuis ce jour où les deux corps s’étaient reconnus, où les deux âmes s’étaient, bien plus qu’associées, assemblées. Si la force n’avait guère été utilisée, c’est qu’elle n’avait lieu de l’être. En effet, chacun avait besoin de l’autre. Erigeo, plus tard appelé le Démagogue, pour briller, Trenia l’Enjôleuse pour mettre la rhétorique aegyptianne en valeur.
Les retrouvailles entre une jeune femme et un vieil érudit furent chaleureuses, car ce dernier n’avait jamais oublié qu’il avait vu naître celle qu’il avait devant lui à ce moment. Jamais la déception ne l’avait pris lorsqu’il avait maintes fois posé les yeux sur cette meneuse d’hommes par la suite, et pourtant…pourtant…

Où les avait-elle emmenés ? L’Aegyptia, si fière de sa science, n’avait su répondre à cette question. Les chercheurs qui étudiaient les sphères avaient conclu qu’une entité « aux vibrations favorables » serait libérée par la puissante magie élémentaire, mais le résultat avait surpris tout le monde. Pourquoi celle que nombreux nommèrent Ekelia se retourna contre ses créateurs ; nul homme ne pouvait élucider cette question au moment où le campement Talishan fut ravagé par la plus puissante des magies. Mais, très loin de là, un chasseur arrivait déjà sur Desertica, avec, à son bord, l’Enjôleuse en personne. Tout lui était apparu, beaucoup lui était revenu : cette…voix ? qui avait hurlé sa victoire à ses oreilles au Siège de la Corporation, elle en avait déjà entendu le timbre. Lors de la première de ses nombreuses escapades à l’école de magie vertanienne où elle avait été instruite – avant de se faire recaler pour grave atteinte aux règles élémentaires de magie – elle avait réussi à entrouvrir un portail, rapidement refermé par la puissance de sa volonté. Mais elle y avait entrevu des millions de créatures effrayantes, à la peau d’acier. Elle ne saurait plus décrire que ces yeux…ce regard vide et gris qui la frappait. L’effroi fut tel que plus jamais elle ne tenta d’ouvrir un portail vers la dimension extérieure. En revanche, on sut plus tard qu’elle recréait une illusion de ce monde qu’elle avait entraperçu afin de prendre le contrôle de ses adversaires.





Desertica, 18 Aquan 3726, 22h46, plaine de Loxs, Aegyptia.


Le sol est noir. Noir de soldats. Jamais l’une des contrées galacticaines ne connut tant de population. L’armée nationale aegyptianne sortait de son sommeil, et bougeait enfin dans sa totalité. Les vaisseaux furent chargés à bloc, puis décollèrent.

« Ekelia, c’est maintenant qu’il faut en finir. »

Dar Lasham ayant anticipé la folie de Trenia, ce fut cette dernière qui prit le commandement de ses forces terrestres. Un million de guerriers prêts à mourir pour elle. Un million d’aliénés dont elle profitait. Un million d’hommes de diverses peuplades, dont on avait évincé les plus mauvais pour ne garder que la force physique et mentale la plus pure. Chaque bataille sonnait comme le rappel des multiples triomphes de l’Enjôleuse, qui par ses effroyables dons avait su tirer partie de chaque homme.

Vertana se fit surprendre. Ekelia se découvrit. Une terre cachée dont seuls les membres de la Fédéralis connaissaient désormais le lieu, depuis l’affreuse suspension de l’amnésie que les Ekeliens avaient dû provoquer à leur apparition.
Déjà les vaisseaux suivaient la flèche Trenia Heqat. L’univers avait été rapidement mis au courant de la localisation, il semblerait…

Les vaisseaux aegyptians se posèrent, puis Trenia descendit en première. Les autochtones étaient à une relative distance mais leur présence était perceptible, la perversion de ces terres flottait dans l’air. L’Enjôleuse posa le pied à terre, et s’avança vers les Ekeliens d’un pas assuré. Son armée invincible mettrait l’Ekelia à terre. La jeune femme se souvint de sa promesse au seigneur du Defland : « nous vous donnerons le temps »… S’il savait…s’il savait que dans quelques instants elle, la grande Trenia Heqat, allait annihiler toute menace. Ah, que la victoire sera belle !
Devant elle se dressait à présent un mur de guerriers qu’elle avait laissés s’échapper. Elle réparerait son erreur ce soir, et parviendrait par la même occasion à son ultime but : celui de voir l’univers entier à ses pieds.

Elle jugea inutile de tenter de prendre le contrôle des Ekeliens, car se servir de la terreur qu’ils dégageaient serait inutile contre eux. C’est pourquoi la jeune Trenia s’apprêta à envoyer ses hommes anéantir la masse informe qui se tenait entre elle et sa victoire.
L’ordre avait retenti, des pas étouffés par la mousse qui recouvrait le sol se firent entendre, puis se rapprochèrent.

Lorsque Trenia sentit que ses hommes étaient assez proches, elle leva les bras vers le ciel. L’univers la regardait, et dans quelques minutes, ou heures tout au plus, elle recevrait les honneurs.

Un sourire se dessina sur son joli faciès, une larme coula, puis … le fer la frappa.
Le sourire se figea, la larme tomba sur l’épaule ensanglantée de la belle. Elle vit la pureté de cette goutte absorbée par le sang. Elle put voir l’univers tomber en cette métaphore. Elle comprit que l’Ekelia gagnerait.
Derrière elle, les hommes s’en furent. Les vaisseaux décollèrent à nouveau, et seul le vent vint ponctuer les sanglots de l’Enjôleuse, assassinée par les vainqueurs d’un jeu qu’elle avait longtemps dominé.
Autour d’elle, les créatures d’acier approchaient. Trenia Heqat soufflait une litanie, celle avec laquelle elle avait créé des images pendant toutes ces années, encore, encore, et encore… Elle savait que son tempérament de joueuse avait eu raison d’elle, et les hommes libérés de sa magie par l’Ekelia n’avaient exécuté que leur juste vengeance. La lourde phrase de Shingaz lui revint alors à l’esprit. « Ce sont eux...eux qui vous ont donné ces pouvoirs, tout comme votre assurance. »
Il fut difficile d’admettre l’idée que cet homme avait raison, mais c’est pourtant ce qu’elle fit, car sa douce incantation arrivait à sa fin. Le dernier mot prononcé, elle tomba au pied d’un Ekelien qui lui broya la tête. Elle ne serait que la première d’une longue liste de victimes.





L’histoire de l’Enjôleuse Trenia Heqat, si incroyable qu’elle fût, s’achève par ces mots.


La douceur du lys abandonna Heqat en l’an 3721. De ce fait, les séries de prises de contrôle par l’Aegyptianne durèrent sept années.
Les vaisseaux qui avaient quitté l’Ekelia s’en retournèrent une dernière fois sur leur lieu d’esclavage. Erigeo Sondar le Démagogue, les ministres Folia Fesli et Jia Derelad, son épouse, considérés à juste titre comme partisans d’Heqat, furent assassinés.
Kiham Hasat rejoignit ses terres de Krasnod, suivi par le quart du peuple qui avait appartenu à l’Enjôleuse.
L’Amiral Dar Lasham, qui avait échappé de peu au massacre, s’en fut dans une contrée voisine, l’Empire des Toons, où il finit la vie dans l’ombre.
L’Aegyptia fut dissoute par la force des choses, chaque homme allant retrouver la patrie qu’il avait perdue. Certains revirent un foyer laissé intact par le temps, mais d’autres n’eurent guère cette chance.
Plus tard, survivant aux autodafés, des ouvrages concernant cette communauté incroyable seront retrouvés. Firumesa Heqat, la mère de Trenia Heqat et Elsa Richter, sera massacrée par un groupe dont on ignore encore la nature, malgré les doutes pesant sur son ex-appartenance à l’Aegyptia.




Biographie de Trenia Heqat, par Aria Délibéria
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Re: Chroniques de l'Aegyptia (Version intégrale, fusionnée)

Message par Kossnei » 01 mai 2010, 14:59

  • Chapitre Second : Trenia Heqat, La Necroman
« Je ne veux plus de cette vie », est-ce bien ce que je disais, Papa ? C'est donc cette phrase qui hanta tes nuits, lorsqu'un soir d'automne je quittai ta fierté, que pourtant tu as ruinée ? Lorsque je quittai... Inam...
A cette époque, je te haïssais. Que n'aurais-je donné pour posséder tes connaissances et ta clairvoyance ? Le dernier des Necromans, hein ? Idiot... Tu as tué ma mère. Tu as tué ta fille. Tu as élevé un fils doté d'un inné talent, l'a enlacé de ta froideur naturelle, et l'a poussé à devenir un homme sans saveur. Tu as ruiné ma vie. Ce n'était peut-être guère plus ta faute que la mienne, mais j'étais jeune, Papa.

Oui, j'étais jeune... Et maintenant tu es mort, toi aussi...

Regarde ce que ta fille est devenue, et sois-en fier !



---


18 Aquan 3726, 22h52, Ekelia.


— Merde... Ekelia. Quelle pourriture... Aegyptians... J... dés...olée... M...Maman.

La jeune femme agonisante a perdu l'usage des mots. Sa voix tremble tellement que le vacarme du vaisseau de l'Aegyptia qui décolle dans son dos ne saurait en être responsable.
Elle gît sur un sol familier qu'elle sait factice, la déserticaine. Car partout, sur le sable chaud, des monstres d'acier approchent dangereusement.
Le minéral a terni ses cheveux, la mort approche, tandis que les grisâtres machines elles-même font mine réjouie devant la pâleur d'un visage habituellement couvert d'un voile hâlé, celui de l'insouciance, d'une jeunesse enviée.
Elle est trop jeune, et elle le sait. Elle est trop jeune, mais elle va mourir. Car jamais un Ekelien n'a épargné quiconque.
Alors son sang tourne, vite, vite, dans ses veines. Son cerveau ankylosé parvient à communiquer à ses lèvres un dernier mouvement qui ne parvient néanmoins à rendre sa phrase audible, avant que l'Ekelia enfin ne se lève, et brise Trenia Heqat.

Nous sommes le 18 Aquan 3726, et l'Ekelia vient d'apparaître. Le peuple libre de l'Aegyptia s'est éveillé, et sa meneuse Fédéralienne voit son crâne brisé et sa vie ôtée par le monstre qui l'a manipulée.


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« En tout corps réside une âme et un esprit, et il apparaît que si l'on ne peut dissocier l'esprit de l'âme, on peut — relativement aisément — séparer ce couple du corps. C'est d'en chercher le contrôle qui se révèle ardu. Et l'on sait combien les Necromans s'attachaient à ce qui était ardu... » - Extrait de l'introduction de l'œuvre inachevée d'Arthea Heqat, ses derniers essais.
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Re: Chroniques de l'Aegyptia (Version intégrale, fusionnée)

Message par Kossnei » 01 mai 2010, 15:00

La croisée des mondes... Non, des univers. Les dix-neuf en ce carrefour s’organisent, et si leur lien avec le Voile ne réside qu’en ce tourbillon laiteux aux diverses variantes de teintes, il est en tout cas ostensible qu’il est l’œuvre d’un dieu. N’est de croyant qui ne s’y laisserait prendre, car il est universellement reconnu qu’en les plis élégants de ce Portail soyeux n’est déesse que la magie.
Cette magie, un jour, créa un monde. Le dix-septième. L’antépénultième, simplement composé de particules en mouvement, est un univers friable car à durée de vie limitée. Un jour, à coup sûr, il s’éteindra, aussi vrai que si moins d’un photon y existe, le vide l’emplira.
Peu connaissent ce monde au sein duquel, telles des lumières abandonnées, errent les âmes des défunts de Galactica et des autres univers. Dans une danse macabre qui avive les yeux d’un chatoiement mélancolique, elles poudroient sans astre, tournoient, lentement, gracieusement, immuablement. Au milieu de ce champ magnétique que l’onirisme et la religion ont sublimé, en lequel s’attardent des êtres vivants d’un jour, entités de toujours, celle qui a en Ekelia perdu la vie… s’éveille. Elle aussi est devenue une Lueur.
Comme les autres, arrachée à son corps, Trenia découvre les limbes, cet univers parallèle en lequel n’existent que ceux que le « monde d’avant » empêche de partir, et d’où l’on ne sort qu’avec la plus forte des volontés. Alors, entre la vie et la mort, elle lève le théâtre de son avenir. Comme sa mère avant elle, elle voit son âme manipulée. Mais, cette fois, la Necroman, c’est elle-même.
De nulle part débute alors une sombre mélopée. La litanie doucement s’éveille, comme un souffle. Puis s’accentue. Une voix au ton cassant du chantonnement se détache, et entame :


«Ô espream desteri, possum dar esperim,
Rekenan mari lar morator,
Par lar amano dan homis,
Pra lar granir dan Necroman.»


Alors une nouvelle lumière apparaît, dans le tourbillon. Trenia l’a vue. C’est lui. Sa victime du passé, celui qu’elle a tué. Celle qui lui donnera suffisamment de pouvoir pour renaître.

« Arthea Heqat, contre ta mort, sois à nouveau mon géniteur. »

La Lueur s’extirpe de la ronde infinie de ses congénères, et explose. Un long rêve commence alors pour Trenia Heqat. Rêve dans lequel… elle revivrait sa vie.

Des semaines, peut-être même des mois, passent. Le rituel s'effectue, doucement mais sûrement, et l'auto-Nécromancie de Trenia, si difficile soit-elle, approche du dénouement.


Enfin, après une inestimable durée, le frénétique mouvement de ses pupilles, qu’un iris couleur émeraude égaye, s’entiche de la vision fantasmagorique d’une explosion de lumière, extase photonique. Un corps s’est matérialisé d’entres les miroitements. Insaisissable, la silhouette est pourtant bien réelle. La reine d’Aegyptia est à nouveau là, debout sur le toit du monde, flottant comme par magie au-dessus du dix-septième.

Alors, sans mot dire, elle s’élève, et emprunte le portail, vers la croisée des mondes... Non, des univers.
« Altea seit Ethel. Ton nom ne sera jamais oublié... » - Kami Raykovith

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