Pantins, Impératrice et Amirale

Ici sont chroniquées les histoires des Etats et de leurs dirigeants

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Kossnei
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Pantins, Impératrice et Amirale

Message par Kossnei » 13 janv. 2012, 19:37

Chère Ethel,

Je suis enchantée de la nouvelle que tu m'apportes. Sache que je mettrai le plan à exécution très rapidement. En ce moment, j'égrène les indices de manière réfléchie, pour que le doute ne le frappe même pas un instant.

Sache en tout cas que la Procréation te remercie du fond du coeur. Tu verras, la puissance de l'Empire Platin renaîtra. Dans quelques mois, ce sera une armée d'hommes et même de femmes qui t'obéira au doigt et à l'oeil. Les Néo-Procréateurs vont s'occuper de ceux qui posent le pied sur ton état. Oui, tu verras, l'Ombre sera chassée, les Visionnaires surpris, lorsque tomberont sur eux le fruit de notre recherche.

A présent, prends soin de ton nouveau mari, veux-tu ?


Karlina Meryne,
Maîtresse de Sombrot,
Génitrice des Procréateurs de Combination


PS : Ah, j'oubliais. Si tu dois envoyer quelqu'un avec lui... Envoie donc Aria. Elle me bouffait le bras, à l'époque où je dirigeais l'Empire. J'aimerais lui apprendre qu'on ne peut atteindre la cheville de Nikki Katarilis quand on ne vit que dans son ombre.
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Re: Pantins, Impératrice et Amirale

Message par Kossnei » 17 janv. 2012, 18:38

13.43 heures platines, 73 Galan 3730 - Bureau des Officiers, Empire Platin.


« Madame, une réponse du Yodleworld vient de nous parvenir. »

Dia Negacié, la démoniaque et toute récente régente de l'Empire Platin, attrapa le papier tout juste imprimé par son subordonné, un petit sourire aux lèvres. L'homme s'en retourna rapidement au travail, troublé qu'il était. Il faut dire que l'allure de sa supérieure, presque deux mètres pour une trentaine de kilogrammes, n'a rien d'humaine. Ses longs cheveux bruns attachés autour de sa taille viennent contraster avec la toge immaculée qu'elle arbore.
Ses yeux d'un noir de jais parcourent avidement la feuille dactylographiée, et son sourire s'efface pour laisser place à une expression haineuse, alors qu'autour d'elle se forme un halo dont la nuance s'étale du violet foncé au noir.

Le papier finit par brûler entre ses mains tremblante, alors que la Princesse explose :


« Comment ça mon impatience ?! IL SE FOUT DE MA GUEULE, CE PETIT CON ?! »

Dia Negacié était entrée dans une vive colère. Les meubles ornant la pièce furent projetés en ses quatre coins, heurtant au passage quelques employés et militaires tombés au mauvais endroit au mauvais moment.

Dia se retourna, puis toisa un gradé.

« Toi. Envoie-moi tout de suite la flotte Impériale sur le Yodleworld, et ne lésine pas sur l'uranium. »

L'officier resta de marbre durant quelques secondes, avant de tourner les talons et de courir en direction de la porte d'entrée. Il s'arrêta net lorsque surgit devant lui Ethel Trust, l'Impératrice Platine, tout de vert vêtue, comme à son habitude, mais qui arborait des cernes considérables : elle ne dormait plus depuis que la Princesse des démons s'était invitée chez elle et avait revendiqué avec la manière le poste de Conseillère Platine.

« Retourne à ton poste. C'est un ordre », lâcha-t-elle à son subalterne, avant de jauger d'un regard inquisiteur celle qui le lui avait donné.

« Negacié, tu ne fais pas ce que tu veux, ici. Cet Empire m'appartient, je tiens à te le rappeler. »

Dia l'observa d'un œil flamboyant, et articula :

« Et que vas-tu faire, Impératrice ? »

Une étincelle apparut dans l'iris d'Ethel Trust, dont l'aura écrasante emplit soudainement la pièce. Une magie dont la puissance, a priori, n'égalait pas celle de son adversaire, mais qui suffit à lui faire hausser les épaules :

« Très bien, tu le prends comme ça... »

Sa voix se durcit, alors qu'elle prononça, en langage démon :

« Tasçoria kael mènia tesçorie, Trust... »

Après quoi elle disparut dans des volutes de fumée sombre.


Ethel s'épongea le front du revers de sa manche, puis poussa un soupir.

« Bon, allons fournir une réponse digne de ce nom à notre ami du Yodleworld, à présent... Tant qu'elle est occupée avec autre chose. »
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Re: Pantins, Impératrice et Amirale

Message par Kossnei » 25 janv. 2012, 01:05

Au fond de l'abîme, tout est noir comme l'ébène de tes cheveux, Trust... - Dia Negacié.

---

Un râle émerge du silence que n'apaise guère l'atmosphère oppressante qui se dégage du néant. Elle halète, elle sue, mais ses yeux guère ne voient.
Dans un espace-temps où beaucoup avant elle ont erré, elle avance, à tâtons. Elle fait cinq, dix pas, et se retourne. Rien. La respiration se fait de plus en plus forte, violente et agressive, alors que de nulle part une voix féminine se fait entendre.


« Calme-toi. Respire, arrête-toi, et concentre-toi. Le mal n'existe guère plus ici qu'en ton âme, car c'est dans cette même entité que tu navigues. »

Ethel Trust s'arrête alors, et s'accroupit sur le sol impalpable.

« Qu... qui es-tu ? »

Les pensées se bousculent dans l'esprit de l'Impératrice, qui peine à ralentir son rythme cardiaque. Claustrophobe, elle subit les foudres d'un laisser-aller qui n'avait que trop duré.

« Tente de te rappeler, Ethel, fais le lien. Comment es-tu arrivée ici ? »

La jeune femme prend une grande goulée d'air, puis se calme un instant.
Une grande pression spirituelle, puis plus rien. De lours battants poussés, un fauteuil confortable. Deux yeux bruns. Un visage doux, un fluide qui pénètre dans ses pores. Un léger rire, puis une voix, identique à celle qui lui somme de se remémorer les lointains événements.


« Ethel Trust, vous êtes maintenant sous hypnose. Pour plus de confort, je vais devoir vous tutoyer... Pardonnez-moi. »

Puis le néant.

La voix sort la dirigeante Platine de sa torpeur.


« Alors, as-tu recouvré tes esprits ? »

Une petite sphère brillante vient scintiller dans le noir profond.
Nichée dans la paume de l'Impératrice, la petite boule de lumière illumine la purée de pois qui l'entoure.
Nul horizon ne vient bercer cet environnement neutre, où n'existe ni végétation, ni soleil, ni, tout simplement, quelconque élément.


Ethel sort de sa torpeur :

« Qui es-tu ? Je... Je veux sortir d'ici ! »
« Silence, Ethel, silence... Essaie de te souvenir de la raison pour laquelle tu es ici. Ne sens-tu donc rien ? »
« Mais que veux-tu donc que je sente ?! Il n'y a rien ici, rien. Rien que... »


Coupée par une vibration alentour, la jeune femme s'arrête.
Elle se concentre et tente de la percevoir à nouveau. En vain.

Loin de là émerge alors une douce litanie, aussi belle qu'inquiétante.


« Qui est là ?! », appelle Trust, désespérée. Une boule dans sa poitrine se dilate alors que la chanson, au loin, devient plus audible, bien que peu compréhensible. On distingue seulement un mot...

« Abandonnés... »

Explosion photonique. Telle l'ambiance des limbes du Voile, l'agitation qui règne ne supporterait aucune comparaison.
Dans le regard soucieux de l'Impératrice se dessine soudain une compréhension... Comme si l'Apocalypse avait devant ses yeux reparue. Dix années. Dix ans de silence, avant les retrouvailles, enfin.
Une puissance intense se dégage de chacune des particules alors qu'elle les frôle de ses doigts frêles. Comme possédée, ses pupilles se rétractent, et elle danse, danse, danse. Virevolte telle les feuilles d'automnes entre ces denses et laiteux rayons qui d'une magnificence sans égale sa démarche encensent. Créant comme une folle tornade dans sa rotation, elle les attire, une à une, progressivement, vers sa poitrine, au sein de laquelle chaque battement de coeur la matraque.
Et à chaque fois que son pied foule la piste, son aura augmente. L'Incontrôlable devient Maîtresse.
Elle ressent en elle chaque infime picotement, décharge infinitésimale, et, corps et âme, elle jouit de ces nouveaux atouts qui circulent en elle. Elle se cambre, frise le coma, tant le plaisir est énorme et la magie intense.

Soudain, alors qu'une réaction orgasmique semblable à une absorption d'héroïne la chamboule, elle tombe à la renverse, et se réveille en sursaut.
Revenue à la réalité, Ethel Trust voit son fauteuil glisser sous sa chute. Dos au sol, elle cligne alors lentement des yeux, et voit apparaître devant elle le visage crispé de Mess, nouvelle recrue platine.


« Excellence, comment vous sentez-vous ? »

Secouée, l'Impératrice ne répond pas immédiatement. Elle jette un regard inquiet au plafond, aux murs, aux portes, puis observe ses mains, avant d'enfin lâcher un sourire gêné, et de répondre :

« Mess... Oui, tout va bien. A vrai dire, je crois bien ne jamais m'être sentie aussi bien de toute ma vie. »

Rassurée, Mess se mord malgré tout la lèvre inférieure.

« Excellence, nous avons... un petit problème. »

Ethel, qui avait posé un genou à terre, se relève subitement. Des petites étoiles grises et blanches viennent troubler sa vue alors que sa tension chute soudainement.
Posant sur son front brûlant, l'Impératrice s'enquit :


« Que se passe-t-il, jeune fi... »

Lorsque la vue lui revient, Ethel est affolée. L'Amirale Mana-Li VI, Sarune Herikovkà, est à terre, inerte.

« Qu... Mess, qu'est-ce que... ? »

Peinant à retenir ses larmes, la jeune assistante parvient à bafouiller :

« Je... ne comprends pas, Excellence... Elle maîtrisait la situation, vous parlait avec une voix parfaitement calme, et... et... d'un coup... »

Voyant le désarroi dans lequel se trouve sa subalterne, Ethel insiste :

« D'un coup ? D'un coup quoi, Mess ?! »

La jeune fille éclate en sanglots.

« Je... Je n'ai rien pu faire, j'ai essayé de la soigner, mais... Je ne comprends pas, mes pouvoirs semblent avoir disparu... R... Rien pu faire... »

Horrifiée, Ethel constate avec douleur le décès de la jeune Sarune, le soir-même, et en informe les médias platins. L'annonce est foudroyante et le peuple s'insurge. Partout, dans les rues, on entend clamer :

« Combien, combien faudra-t-il encore de Mana-Li dans nos cimetières avant que la malédiction de Dergilia ne s'arrête ?! »

Le fier Empire est en deuil, et les rues pleurent du sang.

---

A cent kilomètres de là, à Dalis, un sourire se dessine sur le visage de Dia Negacié, alors qu'elle pénètre dans une mansarde, habilement dissimulée dans une minuscule ruelle...

Le lendemain, quatre laboratoires platins sont en travaux.

Le surlendemain, un nouveau complexe de Recherche est créé, portant le nom de... NecPl, au-dessus duquel flotte un curieux pavillon, qui, comme déjà vu, arbore un grand "S" comme symbole avec, en son centre, éparses, les lettres : P, r, C.
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Re: Pantins, Impératrice et Amirale

Message par Kossnei » 27 janv. 2012, 01:17

Dalis, Empire Platin.


Dia Negacié pénétra d'un pas assuré dans la demeure vide de Rikka Katarilis. Arborant toujours un sourire aussi rayonnant, elle commença à chercher la provenance des vibrations magiques que ressentait son corps. Sa soif de pouvoir constante l'avait récemment amenée à découvrir plusieurs sources de magie pure, d'où s'échappait une intense et pourtant indescriptible mélancolie.

« Allons, maintenant que je suis sur les lieux, plus rien ? Qu'est-ce que ça veut dire... ? »

Elle parcourut le salon d'un pas rapide, avant qu'une forte puissance ultrasonique ne lui déchire les tympans. Impuissante face à ce genre d'attaque, elle tomba les deux genoux à terre, lâchant une plainte qui se répercuta dans toute la ville.
Loin d'ignorer le genre de phénomènes paranormaux qui survenaient régulièrement dans la ville, pas un habitant n'entrouvrit ses volets.

Et pourtant la Princesse démoniaque ne cessait de hurler sa douleur à un haut nombre de décibels. Alors que son corps endurait la pire des tortures, elle voyait défiler devant ses yeux des images qui, pour elles, ne voulaient rien dire.

Une vieille femme faisant des signes de désespoir à une jeune blonde en tenue d'officier qui lui tourne le dos,
un vieux journal,
une sphère de magie qui implose,
une armada impressionnante de vaisseaux portant les inscriptions "O.B.E",
un militaire s'activant sur cette même femme blonde au lit,
un recueil portant le nom "Un Voyage Déterminant",
une potence où était suspendue cette éternelle blonde, avec à ses pieds cette même vieille dame,
un homme d'état dans de luxuriants jardins, martelant les mots : "feu, flamme" aux oreilles de Dia Negacié...

Elle n'en pouvait plus.


« Feu, Flamme, Feu, Flamme, Feu, Flamme... »

La mansarde abandonnée vola en éclats, et la Princesse se releva enfin, le teint violacé, une veine palpitant violemment sur sa tempe.
Elle ferma les yeux et extériorisa sa colère.


« ASSEZ ! »

Une fraction de seconde s'écoula avant que Dalis ne revint à l'état de poussière.

Rouvrant les yeux, Dia Negacié n'en revint pas. Pas une trace de vie ne régnait autour d'elle, comme si la cité entière avait disparu. Elle se trouvait à présent au milieu d'un immense désert. Son corps suintait un liquide violet qui vint tacheter le sable en divers endroits. Les flammes qui se dégageaient du corps de la jeune femme s'estompèrent, et elle resta ainsi, debout au milieu de son œuvre.


« C'est bon de se sentir revivre » déclara-t-elle sans trop savoir pourquoi. Les émotions humaines qui l'avaient assaillie se pressaient encore bien trop pour que le démon ne puisse se raisonner. Tout ce qu'elle sentait, cependant, c'était cette nouvelle puissance qui affluait en elle. Comme si les souvenirs, l'affaiblissement temporairement, lui avaient prescrit une énergie revigorante.


Elle fut coupée dans son extase par un autre appel. A plusieurs lieues d'ici, dans un autre état, elle sentait une nouvelle source de magie. Son corps s'évapora tel une rafale de vent.



---

Palais Impérial Platin, salon Trust.


« Bon, les gamines, vous avez fini de vous tartiner les ongles ? »

Devar Shurak, l'Empereur Platin, avait passé la porte du salon, affichant un sourire radieux qui s'effaça lorsqu'Ethel le toisa de son regard triste, et lui rétorqua, d'une voix tremblante :

« Sarune est morte. »

L'Empereur se figea, et son regard se posa sur le corps inanimé de la jeune femme. Ainsi, l'Amirale Mana-Li avait succombé... Les mots sortirent naturellement de sa bouche :

« Dia... »

Ethel secoua la tête, pensive.

« Non, Devar, je crois bien que c'est de ma faute... Elle était en train de m'hypnotiser pour m'aider à contrôler la magie qui circule en moi, et... et... je ne sais pas ; elle est morte, juste comme cela... »

Shurak leva un sourcil. Le front ridé de l'Empereur Platin était humide. La sueur dégoulinait entre les sillons qui le parsemaient. Il resta un instant de marbre, puis tourna les talons, silencieusement.

« Où vas-tu ? » le questionna Ethel.

« J'ai à faire. J'avais pris soin de mettre Dia sous surveillance par nos plus puissants élémentalistes. Ils la repèreront où qu'elle soit. J'sens un truc qui cloche, je vais m'en assurer de ce pas. »

Et il laissa Ethel seule face au corps sans vie de Sarune Herikovkà, sur lequel Mess s'escrimait en vain.


---

Etat Veesna, le lendemain soir.


« En cette journée paisible, Sarune Herikovkà, aussi connue sous le pseudonyme de Mana-Li, nous a quittée. Les autorités annoncent un décès par arrêt cardiaque, semblable à celui qui avait frappé Lisa Dergilia, il y a de cela environ cinq ans. Toutefois, les réactions de plusieurs groupes de philosophes, d'experts d'état et de journalistes, notamment l'Aurore Platine, n'ont pas tardé. Et celles-ci se prononceraient majoritairement à l'encontre du pouvoir actuel, dénonçant un certain manque de transparence. Et si la cause de la mort est à de nombreuses reprises remise en question, on peut être amenés à penser que... »

Le Gouverneur de la région d'Ihar, au nord du Veesna, coupa la liaison aux chaînes platines d'un appui sec sur la télécommande. Sortant de son fauteuil en daim, la femme se releva, heureuse. Elle qui n'occupait sa journée que par le visionnage des actualités intergalactiques, entre deux colères — très fonctionnelles — passées sur les experts comptables, commençait enfin à voir sa lente agonie porter ses fruits.

« Je savais que tu finirais par te montrer... Tu ne pouvais pas rester cachée dans le Voile aussi longtemps... »

Soudain, un appel résonna dans tous les couloirs du bâtiment :

« Madame le Gouverneur Melji Equital est priée de se présenter rapidement en Salle du Conseil. Ceci est une requête urgente, Faij est attaqué. Je répète, requête urgente, Faij attaqué ! »

« ...mais il semblerait qu'aujourd'hui, je ne puisse plus rien faire... » songea la jeune femme.

Et Trenia Heqat s'en fut là où on l'appelait.



---

Le soir-même, les rues platines étaient à feu et à sang. Non loin du palais impérial, un convoi exceptionnel de drones était attaqué par la foule de manifestants dont les panneaux qu'ils portaient affichaient :

« Etat-Major Platin : Six meurtres en cinq ans, qui dit mieux ?! » ;
« Mana-Li : Le nom doit mourir, pas la personne ! » ;
« Nous demandons des comptes pour la malédiction de 3725 !!! » ;

Ou encore, plus simplement :
« Halte à la censure ! »

Les autorités platines s'activaient. Voulant éviter tout scandale supplémentaire, l'Impératrice avait prononcé l'interdiction du port d'armes à feu pour les soldats. Aussi, face aux boucliers et aux matraques, les civils se retrouvèrent rapidement en surnombre et en suréquipement. Munis de pistolets et même de lance-roquettes, ils ne tardèrent pas à mettre la police militaire en déroute.

Edagener, alias Darkness Cruiser, s'assit dans sa chaise, face à son échiquier géant. Il devait tenter de garder les institutions étatiques vierges de tout vandalisme, mais la bataille était déjà rude. Muni de son oreillette, le premier officier de l'Empire Platin distillait des ordres peu commun à ses armées. Habitué des combats spatiaux de grande envergure, le stratège ne se révéla toutefois pas moins efficace dans ce genre de rixes. Après une heure d'arrestations expresses, de prises à revers et de neutralisation par multiples fléchettes paralysantes, le général parvint à faire reculer les manifestants au-delà d'un cercle d'un kilomètre de rayon, dont le centre n'était autre que le palais impérial.



---

A cinquante kilomètres de la capitale, dans une zone militaire hautement protégée, un convoi de production, composé de huit milles drones et d'ingénieurs, avait débarqué au petit matin.

Ils assemblèrent béton et acier, et s'attelèrent à former un grand dôme. Sous les ordres de Lionel Estalet, le Ministre du développement platin, une nouvelle Source allait être créée. En milieu de journée, une voiture ministérielle fit son entrée dans la structure. A son bord, Mess et quelques chercheurs escortaient le corps de l'Amirale Mana-Li VI. Ils s'établirent au sous-sol, et commencèrent à installer plusieurs appareils, alors que Mess se mit dors et déjà au travail, branchant plusieurs sondes sur les membres froids de Sarune Herikovkà, et murmurant à voix basse quelques incantations.
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Re: Pantins, Impératrice et Amirale

Message par Kossnei » 27 janv. 2012, 16:50

A la une :

L'Empire Platin est entré dans une véritable guerre civile hier matin, après l'annonce de la mort de l'Amirale Mana-Li VI dans des circonstances douteuses par Ethel Trust, l'Impératrice. Depuis, la capitale est divisée en deux zones de tailles variables. Sur environ 3km², autour du Palais Impérial, la zone dite "sûre" éprouve des difficultés à s'épanouir. En dehors, le reste de la capitale est sous le feu de manifestants des plus violents, le groupe d'opposants de l'Aurore Platine à leur tête. Les boutiques ont fermé et les habitants commencent à avoir du mal à se nourrir, alors que de plus en plus de propriétés privées subissent les assauts de pillards, là où hier encore seuls les établissements publics se voyaient assaillis.

Les économistes prévoient une baisse du Produit Intérieur Brut de 43,56% si la situation n'est pas rapidement rétablie. De plus, il semblerait qu'une baisse déjà effective de 4,23% ait été constatée depuis avant-hier soir.

A la Bourse de Galactica, le cours de l'action de l'Empire Platin affiche dors et déjà une baisse de 19%, mais il y a fort à parier que, une fois la nouvelle grandement répandue, celui-ci ne diminue encore exponentiellement.


---

Message de l'Aurore Platine à la population :

Continuez de vous mobiliser !

Les impériaux ont un genou à terre mais on entend dire que la riposte est proche. Hier, un énorme convoi de drones a été repéré en direction du sud-est, aux abords de la frontière du Veesna. La zone est gardée, mais on dit que les Procréateurs de Combination, groupuscule aux desseins obscurs, sont de retour sur le devant de la scène, et que l'Empire Platin les appuie politiquement et économiquement.

C'est donc là où partent tous nos impôts ? Dans un laboratoire de savants fous ? Rappelez-vous, Karlina Meryne, ancienne chef des Procréateurs de Combination, avait mené des centaines de milliers d'hommes à leur perte en rentrant en guerre ouverte contre l'univers entier ! Est-ce là l'avenir que nous voulons pour l'Empire Platin ? Sont-ce vos désirs, vous, hommes et femmes qui pleurent chaque jour la perte d'un proche, par cette politique d'ego ?

Non, vous ne voulez pas cela. Alors continuez le mouvement ! Faites pression, pour que la violence cesse, pour que les magouilles soient punies et que la paix revienne sur l'Empire, et qu'un soleil nouveau l'inonde de sa clarté !

Ethel Trust a voulu nous tromper en laissant assassiner le meilleur officier de l'Empire. Chaque jour, nos frontières diminuent avec la nourriture, tant nos responsables sont de surcroît incompétents à gérer une politique externe convenablement !

Alors militons ensemble pour un nouveau représentant, et nos efforts feront peut-être que Dia Negacié devienne la nouvelle Impératrice Platine !


---

Extraits du journal platin La Parole, daté d'aujourd'hui.
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Re: Pantins, Impératrice et Amirale

Message par Kossnei » 18 févr. 2012, 02:06

« Mademoiselle, nos troupes sont en place. »

La lune est claire ce soir-là sur l'Empire Platin. Ses faibles reflets caressent de leur pâleur les élégants reliefs et habiles anfractuosités des multiples œuvres architecturales de la capitale, alors que dans cet Empire silencieux la population s'endort.
Au cœur du Palais Impérial, la sécurité a été renforcée. Les souterrains ont été condamnés, les larges grilles en fer sont closes et très fortement surveillées, et, en son sein, les dirigeants de ce pays en crise s'endorment paisiblement. Au dehors, la population pleure sans un bruit les dizaines de morts, les centaines de disparus, et le millier de blessés.


A plusieurs centaines de kilomètres de la plus grande ville platine, à la frontière du Veesna, Ethel Trust est pour le moins sollicitée. Son bureau aménagé à la va-vite croule sous les dossiers d'espionnage laissant supposé avoir repéré des mouvements de troupes fantôme le long des hautes montagnes couvrant sur cent kilomètres le rempart contre le territoire neutre qui s'étend au-delà de ces dernières.

S'attelant à former un périmètre de sécurité autour de l'Impératrice fraîchement arrivée, les troupes d'élite platines se meuvent telle une fourmilière menacée : en détresse, mais stratégiquement. Ce sont pas moins de dix milliers de points noirs qui ainsi se placent, çà et là, parsemés en divers endroits de ce rideau invisible dont les rumeurs disent qu'il pourrait soudainement, sous l'effet de forces dépassant la physique, crouler.

Mais les ténébreuses flammes qui, à quelques kilomètres de là, ont mis une ville à l'agonie se sont purement et simplement évaporées, laissant place au néant qu'une incompréhension évidente entache. Car au-delà de l'insubordination, si c'est bien un platin qui a commis le crime infâme, comme l'indiquent les rapports de surveillance, alors il y aurait bien plus à craindre, en ces eaux troubles, qu'un peu de dégradation relationnelle et d'arrangements à l'amiable. Car devant un déclassement encore plus prononcé à la Bourse de Galactica le jour-même, l'Empire Platin ne peut qu'économiquement pâlir de l'avenir des forces militaires impériales qui protègent son espace territorial.

Alors, invectivant ses hommes, Ethel Trust tente de contrôler les dommages. Mais laisse son palais bien vide, loin, là-bas, où une armée se lève là où celle de l'Empire n'est plus.


---

« Vous êtes prêts ? Trois, deux, un... »

Une explosion enflamme la capitale. Tue instantanément les hommes placés aux portes du palais qui viennent de voler en éclat.

Aussitôt, l'alarme retentit dans la ville. Les soldats restants, d'astreinte, et donc alertes, se ruent hors du bâtiment, ayant pour l'occasion troqué les armes défensives au profit de fusils mortels. Le Général Darkness Cruiser, intra-muros, enfile à nouveau son casque, et se rassied devant son échiquier, pensif. Tellement pensif qu'il ne remarque pas les ombres qui se déplacent dans son dos, dont l'une tend soudain le bras, et lui colle le canon d'une arme de poing sur la tempe...

« Je suis Mires. Et si tu entends ce nom, Général, c'est que ta mort est proche. »

Edagener poussa un soupir.

« Ah, les femmes... Donnez-leur une arme, et elles croiront au pouvoir. »

Clef de bras, l'arme change de main. Immobilisation, l'initiative change de camp.
Darkness Cruiser, tenant fermement son opposante contre lui, a en joue ses quatre comparses, toutes de sexe féminin. Il est pris d'une hésitation soudaine. A en juger par leur tenue et leur condition physique, elles n'ont pas l'air d'amatrices. Cet instant d'égarement passé, l'officier reprend du poil de la bête et, renforçant sa prise, met en joue la plus "physiquement intelligente" des jeunes femmes.


« Toi, lâche-t-il d'un ton bourru. Ton nom. Et qui t'envoie, toi et tes amis. Et dépêche-toi, ou je t'abats sur le champ. J'ai pas le temps de jouer à la dinette avec des gamines. »

La sulfureuse rousse au sourire malicieux qui se démarque des trois autres entrouvre les lèvres avec grâce, et susurre, lentement, tellement sensuellement qu'Edagener en a le cœur qui fait un bond dans la poitrine :

« Gei~smas... »

« ... et elle travaille pour Jega, soit... moi-même, cher Général. » lance une voix aussi tranchante qu'inattendue dans le dos de l'officier.

Décontenancé, Edagener se retourne subitement et en oublie les quatre acolytes de son otage, qui lui ôtent son arme en délicatesse, et l'immobilisent à leur tour. Impuissant, à terre, l'homme lève les yeux vers la nouvelle arrivante. Il a un sourire lorsqu'il la dévisage, femme d'affaires un peu coincée dans son tailleur, aux lèvres perçantes et au regard dur. Il en rirait presque, malgré sa piètre condition, de sa première réaction à la vue de cette chevelure brune ramenée en un chignon serré qui déclenche en lui un fantasme primaire.
Mais lorsque, derrière cette femme en apparaît une autre, à la chevelure bien plus brune encore, lorsque, surprenant des flammes violettes bouffant les luxueux tapis, le puissant Darkness Cruiser suit les courbes maigrelettes de ce corps pour en arriver à croiser la pupille laiteuse et impitoyable de la Princesse Dia Negacié, un frisson d'une intensité extraordinaire secoue son corps. L'homme le plus important de ce pays tremble à la seule vue de ce monstre, présent en ces lieux précis à cet instant précis, en la situation très précise où l'Empire Platin est désarmé, à terre tout comme son Général, et où une femme pourrait tendre la main pour accéder au pouvoir...

Et, curieusement, cela lui rappelle de sombres souvenirs. Images valsant en son esprit où, à l'époque où l'officier n'était encore qu'un simple soldat*, il avait vu cette Amirale, Mana-Li II prendre ce qu'on lui avait laissé en fuyant les responsabilités, poser sans vergogne sa patte salie par les manigances sur un Empire Platin laissé à la désolation. Oui, ce moment où il avait pu observer Nikki Katarilis entreprendre un coup d'état sans la moindre violence, chef-d’œuvre de stratégie, et succéder sans peine à Kossnei, alors Grand Conseiller Platin, et donc inaltérable Empereur par intendance.

Arborant toujours son petit sourire mesquin, Dia Negacié foudroya Darkness Cruiser d'une phrase.


« Bon, et bien je crois que tu connais à présent tous les membres de l'Aurore Platine, Edagener... N'est-ce pas ? »

Pourquoi, en cet instant précis, ce dernier avait-il peur, tellement peur de voir à nouveau l'ombre se lever sur les terres platines, de la même exacte manière dont s'était déroulé la prise de pouvoir de Katarilis quelques années auparavant, qu'il en tremblait de tout son corps, et surprenait des larmes à couler inexplicablement le long de ses joues... ?

Mais il fut coupé dans son interrogation par un événement improbable et impromptu : les yeux de la Princesse roulaient dans leurs orbites à une vitesse folle et, tombant à genoux, elle se mit à hurler. Profitant du moment d'inattention frappant l'assistance, les réflexes exceptionnels de l'officier reprenant l'avantage sur la peur qui le tétanisait jusqu'alors, Darkness Cruiser s'extirpa de l'étreinte de ses opposantes et courut hors de la pièce, dévalant les marches et déboulant dans les couloirs à une vitesse folle. Pas une fois il ne se retourna, avant qu'enfin il passe les portes d'entrée du palais, se retrouvant dans le jardin, où une véritable guerre avait lieu.

Presque machinalement, il dégaina l'arme d'autodéfense cachée dans sa ceinture et tenta de se frayer un chemin dans la cohue, abattant chaque civil qu'il croisait, balbutiant des ordres de retraite et de fuite à chacun de ses hommes qu'il rencontrait, et s'effaçant doucement mais sûrement au milieu de la population hostile, mais loin de Dia Negacié.




*Edagener, Darkness Cruiser, est le seul officier platin actuellement en service dont l'ascension s'est faite en l'absence de diplôme de l'Ecole d'Etat-Major Impériale, au simple fait de ses exploits militaires.
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Kossnei
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Re: Pantins, Impératrice et Amirale

Message par Kossnei » 22 févr. 2012, 02:38

L'Empire est mort ! Vive la République !


Partout on entendait scandées dans la désormais République Négacienne les pires horreurs, comme si le peuple avait oublié son passé, l'établissement du règne Platin naissant ayant conduit à l'abolition de la dernière République en date, celle de Crisis, conséquence logique des nombreuses contestations du régime alors en place.

Savourant sa victoire aisée, Dia Negacié, entourée des membres de l'Aurore Platine, paradait au balcon du Palais Impérial qui en une nuit avait été nettoyé, colmaté, et remis à neuf, comme si le bain de sang de la veille n'avait purement et simplement jamais existé.

Lorsque, enfin, la Princesse en eut assez des ovations, elle leva ses deux bras malingres dans les airs, afin d'amener son oratoire au silence. Instantanément, comme si elle la contrôlait, la foule se tut, attentive, presque admirative. L'immense meneuse de l'Empire Platin posa ses mains osseuses sur la rambarde de marbre qui ornait le balcon, ôta le haut de sa toge qui dissimulait son sourire carnassier, puis prit la parole tant attendue d'une voix forte, claire et d'une incroyable pureté, contrastant ainsi nettement avec son physique peu commun.


« Peuple platin... »

La tension était désormais palpable. Quoi que leur meneuse allait pouvoir déclarer, les platins savaient à présent que ce serait une conjecture décisive, une énumération d'opinions communes, et l'annonce d'un futur fort pour une nation déchue. Après avoir marqué une courte pause, croquant à pleines dents le succès qu'on lui offrait sur un plateau, Dia continua :

« ... vous avez choisi la voie de la raison.

Trop de fois vous avez été trompés, utilisés comme témoins de manigances dont vous n'avez jamais été la cause, amenant sans cesse davantage de crédit à ces impériaux qui ne vous récompensèrent, un jour, plus du tout. L'époque où l'Armée platine, sillonnant les espaces hostiles, implacable, effroyable, ramenait sans cesse le produit de ses efforts à la population, à ces gens qui, comme vous et moi, ont sué toute leur vie pour faire vivre le fleuron de leur état, à savoir la Flotte Impériale... est révolue.

On vous a baigné dans un rêve, vous faisant miroiter mille richesses, qui au final ne faisaient ici que transiter, et dont vous n'avez pu extraire qu'une utopique envie, jalousement interdite.

Alors, l'Aurore Platine, à qui vous devez, autant qu'au courage que vous avez démontré ces derniers jours, le drastique changement de responsables à la tête de votre patrie, vous a annoncé ce matin que l'Empire Platin n'était plus.
Sachez que je ne démentirai pas cet état de fait. En outre, la naissance de la République Négacienne n'est plus une idée : c'est une réalité. »


Dia Negacié marqua son silence, dont profita la foule pour scander le nom que déjà elle adulait, et d'éclater d'une joie qui fit vibrer les bâtiments de la capitale plus violemment que sous le joug de mille canons.

La dirigeante de l'Aurore Platine profita de cet instant pour s'avancer aux côtés de la Princesse. Empoignant fermement le microphone qu'on lui tendait, elle ramena rapidement l'auditoire au silence qui buvait déjà les paroles de cette inconnue qui ne tarderait pas à se faire connaître.


« Mesdames et Messieurs, je me nomme Jega. Vous ne me connaissez probablement pas sous ce patronyme, mais vous serez heureux d'apprendre que je préside l'Aurore Platine. »

La population resta en suspens, à la fois surprise et avide d'en apprendre davantage.

« Souvenez-vous de l'élément déclencheur, négaciens. Rappelez-vous la raison de notre soulèvement. Et appréciez avec quelle facilité votre Présidente, dans sa toute-puissance, vous ramène en ce jour celle que vous avez pleuré il y a quelques nuits. »

Moment d'incompréhension dans l'assistance. Un murmure s'élève doucement, alors que l'impatience gagne chaque personne dans la foule. Jusqu'à ce que, enfin, un homme brise le doute :

« L'Amirale ! Regardez, c'est l'Amirale !! »

Sortant de l'ombre du palais, assistée par deux membres de l'Aurore Platine, Sarune Herikovkà, l'Amirale Mana-Li VI, fit quelques pas timides en direction du balcon.

Complètement atomisés, les négaciens ne savaient plus comment réagir. Certains éclatèrent en sanglots, d'autres restèrent cois, bouche-bée, devant ce miracle qu'on leur avait apporté. Puis, d'autres, sûrs d'eux, se tournèrent simplement vers leurs amis, leur famille, et lâchèrent un : "je te l'avais dit..."
Mais pour finir, ce fut une acclamation générale qui succéda au silence soudain, et partout dans la capitale, des heures durant, dans les rues, dans les bars, et même jusque dans les foyers, on n'entendait plus de marques de politesse autres que...


« Longue vie à Dia Negacié ! »



---

Quelques heures auparavant...

---


Dia avait repris ses esprits, mais il était déjà trop tard. Le premier officier Platin, Darkness Cruiser, avait profité des hallucinations de la Princesse pour prendre la fuite.

Se relevant douloureusement, envoyant Taika, qui voulut l'aider à se relever, à terre, Dia Negacié s'éveillait doucement de la nouvelle crise qui venait de la frapper.


« Où... est... Edagener ? » lâcha-t-elle, au bord de l'épilepsie.

Devant l'incompréhension des membres de l'Aurore Platine, elle ordonna simplement sèchement de préparer son retour, et tourna les talons, s'évanouissant dans un nuage de fumée pourpre.


---

Complexe de Recherche confidentiel NecPl.


Affairée depuis quelques jours, la jeune Mess n'avait que peu de temps pour un repos qui aurait pourtant été bien mérité. Déjà, des cernes plus que prononcées s'étaient dessinées sous ses yeux, et la jeune Necroman avait commencé à manifester les symptômes habituels du scientifique se baignant avec dévotion dans la tâche qu'il s'est fixée. En effet, malgré les efforts fournis par le personnel du Complexe, la Kaméenne commençait à perdre le sens des réalités. Une fraction de seconde suffisait à la faire passer du monde réel à l'esprit de l'Amirale Sarune Herikovkà, qu'elle tentait encore et toujours de ramener à la vie, et vice-versa.
Au matin précédant le coup d'état, la jeune femme avait oublié comment elle s'appelait. Lorsque, d'aventure, un de ses collègues venait lui proposer une boisson, un encas, elle lui rétorquait avec la froideur qu'on connaissait à Sarune qu'il ferait mieux de "retourner à son poste, car l'ennemi est proche".

Cependant, ce travail de forcené commençait à porter ses fruits. Mess s'avérait être une autodidacte d'exception. Après avoir passé les barrières de l'esprit décédé de l'Amirale avec une aisance incroyable, elle s'était attelée à créer une foultitude d'amis en son cerveau gelé, de manière à insuffler en elle une nouvelle personnalité où le regard des autres comptait énormément. Ainsi, la Necroman parvint à devenir très proche de sa patiente, gagnant la confiance de son subconscient par les multiples compliments et admirations qu'elle distillait avec sagesse.

Elle ignorait combien de mois, peut-être d'années, s'étaient écoulées, mais ce même matin, un homme qu'elle avait connu il y avait de cela fort longtemps vint la chercher. Un homme à la crinière rousse, aux manières déplacées, qui se disait Empereur et qui, à force d'insistance, parvint à lui faire comprendre qu'elle était en danger car "elle" arrivait...
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Re: Pantins, Impératrice et Amirale

Message par Kossnei » 10 mars 2012, 15:03

« Putain d'Veesna... »

« Ouais, ça, tu l'as dit. Pourquoi est-ce qu'on doit rester ici, d'abord ? Y'a que dalle, dans ces montagnes... »


Mont Gharj, 5h32, Frontière de l'Empire Platin avec l'état Veesna.


Une nuit calme s'estompe peu à peu, alors que percent au-delà des cumulus les premiers rayons de soleil, chassant les ténèbres des nuages de par leur puissance photonique, et donnant vie à une sombre clarté dont les reflets impétueux assoient une domination sans égale sur les dunes tels une divinité sur les hommes qui la servent.

Sans bruit, alors qu'une lumière exceptionnelle bénit ses cieux, Desertica prend vie. Partout alentour, on entend le ronflement des machines se mettre en marche, sous terre, là où les ressources seront d'une qualité incroyable, dont l'export se nourrira sans faim ni fin, à seul but d'épancher sa soif d'argent, son appétit incessant.

Alors, juchés qu'ils sont au milieu de leur haut plateau, coupés par les murs rocailleux que la nature a établis, et éblouis par les rayons de l'astre que la géographie a imposé, les éclaireurs platins n'entendent ni ne voient, côté Veesnien, le bruit des chars et l'explosion électro-magnétique ; et côté Platin l'arrivée imminente d'une puissance sans égale, concentrée en une seule et unique personne, qui n'a d'humain que son arrogance : Dia Negacié.

Non, les éclaireurs platins sont seuls, tout comme l'est l'Impératrice, désormais...



---

Quartier général frontalier, 5h20.


« Excellence, nos hommes sont parfaitement prêts, nous venons de recevoir l'information ! »

« Très bien, qu'ils détruisent leur radio. Je veux qu'on applique à la lettre le plan de base. Qu'aucune transmission ne puisse révéler leur position dans ces montagnes. Si l'ennemi venait à être repéré, une fusée éclairante relayée, et les troupes se rassemblent en deux groupes : un groupe de soutien à la zone de danger, et un groupe de couverture à la sortie des montagnes. Bien compris ? »

Le soldat acquiesça, puis se retira de la tente Impériale.
Ethel Trust souffla, perturbée qu'elle était par la situation de non-dit qui affectait ses troupes bien plus que de raison, et s'assit. Pour la toute première fois, sans doute à cause de ce que lui susurrait son sixième sens depuis plusieurs heures, assaillant son esprit, l'empêchant de se concentrer ; pour la première fois, elle déboucha une bouteille de whisky, et s'en servit un verre de 8cL. Elle le vida d'un trait, puis fut prise d'une toux violente.
Après s'être remise, les yeux rouges, elle hurla et envoya une claque violente dans le verre, qui alla se briser sur un rocher. Elle se rassit, porta une main à son front, puis se releva instantanément.
Attrape la bouteille. Plus de verre. Débouche. Boit. Boit. Boit.

...

Ethel Trust ouvrit les yeux. Elle était avachie sur son bureau, et ses yeux humides ne purent qu'à peine observer son horloge indiquant 5h45, avant qu'un violent coup ne lui soit asséné à l'arrière du crâne, la renvoyant dans un doux coma.



---

Mont Gharj, 5h42, équipe de surveillance d'élite n°132.


« Bordel, Fits, regarde ça ! »

Le dit Fits sortit de sa torpeur, et alla se positionner à côté de son partenaire, à plat ventre sur un rocher qui surplombait le col. Il attrapa sa paire de jumelles, et observa ce qu'il se passait en contrebas.

« Bon dieu... C'est un char Veesnien. On doit réveiller les autres. Pas de fusée, envoie simplement Maloe. »

Quelques instants plus tard, Maloe, jeune et fraîche, encore éclatante de beauté, circulait comme un éclair entre les rochers, prête à avertir l'escadron entier... Elle avait attendu cela toute sa vie, elle qui voulait faire carrière. Toute sa vie, ses proches l'avaient descendue, n'ayant de cesse de lui répéter que l'armée ne voudrait pas d'elle, qu'elle devrait rester à la maison, comme toutes les filles de la famille.
Et la voilà, bondissant comme un animal dont on ouvrirait la cage, agile et souple, véloce et discrète, un sourire aux lèvres, en pensant à ce que dirait sa famille en apprenant les exploits d'aujourd'hui...

Mais lorsqu'elle traversa la route, le bruit du canon fut la dernière chose qu'elle entendit. Elle disparut sous la puissance du plasma, ne laissant sur la terre et les cailloux qu'une futile preuve de son existence, une mare de sang et quelques traces de moelle.


« NON !! », hurla Fits.

Le canon du char Veesnien de l'autre côté de la route se dirigea doucement vers le rocher des deux hommes, et ils purent, à l'inverse de leur équipière, affronter leur mort de face. Fits se jeta instantanément à terre. Son collègue n'eut pas le même réflexe. Quelques secondes plus tard, tout n'était plus qu'un amas de poussière.

« Bordel, comment nous ont-il repérés ? »

Fits, à terre, avait encore la force de jurer.
Il eut la chance de tomber sur le fusil antichar de 67mm emporté pour l'occasion. Croisant les doigts pour qu'il soit encore en état de fonctionnement, Fits vérifia la chambre, le chargeur, et se mit à ramper doucement dans les rochers alors que, de toutes parts, des fusées éclairantes embrasaient le ciel platin.



---

Quartier Général frontalier, 5h43.


« Hé, arrêtez-vous, ceci est une zone militaire sous juridiction inaltérable de l'Impératrice Ethel Trust ! »

Une jeune femme d'un mètre soixante-dix, aux longs cheveux bruns, relève la tête, et abaisse son capuchon. Des yeux émeraudes jaugent le soldat qui la tient en joue, et ce dernier se ravise, baissant son arme, et se confondant en excuses :

« Désolé, Excellence, j'ignorais que c'était vous... Veuillez me pardonner. »

Ethel Trust eut un bref mouvement de tête, et continua sa route vers la tente Impériale.

Lorsqu'elle posa le pied à l'intérieur, elle avait perdu le vert dans ses yeux, sa taille standard, et ses cheveux s'étaient raidis et raccourcis. Elle avait également pâli, et son corps s'était amaigri... Dia Negacié avait abandonné le physique qu'elle avait emprunté à Ethel Trust, et était redevenue le démon qu'elle était.
De plus, elle avait posé ses yeux pleins d'une tendre haine sur le corps inerte de la vraie Impératrice Platine, qui n'avait jamais quitté sa tente, et qui dormait d'un profond sommeil éthylique, apaisée qu'elle était des douceurs du whisky qu'elle avait ingéré.

Dia Negacié fit alors quelques pas, puis passa sa main dans les cheveux d'Ethel, un petit sourire aux lèvres. Celle-ci s'éveilla doucement, posa les yeux sur son réveil, avant que Dia ne lui envoie un puissant coup de poing sur le crâne.

Elle rit. Trust était sans défense, tout comme l'était l'Empire Platin.

5h45. Dia Negacié attrapa la radio d'Ethel Trust, et diffusa un message vidéo général indiquant que cette dernière laissait son titre de Chef des Armées Platines à la Princesse Dia Negacié, désormais seule et unique maîtresse de l'état.
Après quoi, l'insaisissable Démon sortit de nulle part un document administratif, auquel elle apposa la signature d'Ethel Trust, Impératrice Platine.

C'est ce moment que choisit l'armée du Veesna pour engager les hostilités dans les montagnes. Au loin, le doux bruit des canons résonnait, sans cesse amplifié par l'écho, aux oreilles de Dia Negacié, qui s'enivra un instant de ce bruit, avant de sortir triomphante de la tente Impériale, et d'aller distiller ses ordres meurtriers au dehors.



---

Mont Gharj, 5h47.


Les coups de feu résonnaient dans l'espace confiné du Col de Gharj, tandis que les chars Veesniens se renforçaient sans cesse. Fits déchargea trois balles sur l'un d'entre eux, qui explosa instantanément, emportant avec lui l'équipage et quelques troupes de soutien disséminées autour de la colonne.

Dans un rayon de quinze kilomètres, les troupes d'élite se regroupaient, tandis qu'à l'entrée des montagnes les attendaient les gardes impériaux, armés de leurs outils de mort. Dès qu'un groupe de couverture se présentait là, il était instantanément exécuté, pour soupçon de Haute Trahison, d'après les ordres de la Princesse Platine. Retrouvant leur vraie nature, les gardes impériaux ne ressentaient même aucun regret à l'idée de décimer ainsi l'Armée Impériale. Bientôt, les cadavres jonchèrent le sol, et les troupes de couverture, jusqu'alors coupés de toute information radio, comprirent l'horreur qui était en train de se dérouler.

Alors ce fut une bataille sur deux fronts qui commença. Pris entre deux feus, les dix milliers de soldats d'élite de l'Empire entreprirent avec acharnement de tenir les lignes devant les chars Veesniens, avant que le temps ne leur soit donné, sur l'autre front, de réduire à néant les gardes impériaux, peu nombreux mais aidés par la plus puissante des Amirales... Dia Negacié.

Certains fuirent, mais nombreux étaient ceux qui n'y plaçaient aucun espoir. Alors ceux-là continuèrent à se battre, non seulement dans le sang et la poussière, mais également dans l'incompréhension la plus totale.



---

Front Sud, Frontière Platine, 6h12.


Fits n'avait plus de balles, et il était toujours seul en contrebas, alors que les monstres mécaniques qui venaient de l'autre côté des montagnes continuaient d'avancer. Bientôt, l'ennemi commença à passer sa position. Fits se dissimula sous les décombres, haletant, la gorge desséchée, et craignant à tout moment d'être repéré. Mais la colonne continua son chemin, à pas rapide, les chenilles des chars faisant trembler le sol et s'écrouler ce qui restait de roche.

L'armée du Veesna avançait avec un rythme implacable, et si elle avait concentré toutes ses forces en un point, cela était loin d'avantager leurs ennemis. Ne disposant d'aucune force blindée, les platins continuaient à faire feu sur les véhicules Veesniens, mais en une réplique de leur part, c'était la débâcle. Partout les cris et les ordres fusaient, avant que, à chaque fois, immanquablement, un coup de tonnerre, ou plutôt de canon, ne les fasse taire.

Les pertes s'accumulaient, mais les platins ne fléchirent guère. N'ayant vécu que de guerre ces dix dernières années, ils virent à retrouver le goût du meurtre, et la patience inhérente à l'assassinat. Alors, les troupes se réorganisaient, sans laisser la résistance s'amenuiser, et une tenaille se forma doucement, laissant le poisson mordre à l'appât.

Fits se releva et sortit de sa cachette lorsque la colonne fut à cinq cent mètres. Il se mit en quête de munitions, en dénicha çà et là sur quelques cadavres, et entreprit de suivre l'ennemi, dans son dos, jusqu'à ce qu'il ne retrouve enfin des forces platines qui avaient eu le même opportunisme que lui.
Ensemble, ils avancèrent, attendirent qu'une rixe ne démarre et que les chars ne se mettent à l'arrêt, puis ils se positionnèrent stratégiquement, usant des gestes pour communiquer, et de leur expérience pour, au bon moment, faire feu.

Le nouveau front Veesnien fut décimé. L'arrière des chars étant leur point faible, le fusil antichar révélait là tous ses atouts. Après avoir détruit trois à quatre chars et tué une dizaine de soldats sans que l'ennemi ait eu le temps de répliquer, l'armée platine avait remis les pendules à l'heure.

C'était désormais devenu une bataille sur trois lignes, dont la seule issue serait décidée par le temps...



---

Front Nord, Frontière platine, 6h28.


« Feu à volonté !! »

Les gardes impériaux commencèrent à flancher. Les troupes d'élite platines avancèrent sans retenue, allant titiller l'ennemi jusqu'à l'entrée du QG temporairement établi là. Toutes les vingt secondes en moyenne, un ennemi foulait le sol pour la dernière fois. L'Amirale avait disparu de la circulation, laissant là ses hommes qui avaient soudainement perdu tout leur moral et leur entrain dès lors que l'adversaire s'était montré plus menaçant. A présent, ils étaient tous exécutés les uns après les autres, tandis que certains tentaient une ultime fuite vers la tente Impériale, espérant y trouver, sinon le soutien de leur Amirale, au moins un refuge et un poste de tir correct.

Mais les troupes d'élite ne portaient pas leur nom par hasard. Aussi la progression était telle, qu'en dix minutes le travail fut fini. Pas un seul garde ne fut épargné. Le QG fut dévasté, et nulle trace d'Ethel Trust ne semblait subsister.

Le Capitaine Shiarl mit alors la main sur un document confidentiel laissé là par hasard. Ou plutôt... bien en évidence, comme pour enfin mettre un nom sur l'ennemi.

Le lisant à haute voix à ses hommes, aussi vite que le temps l'imposait, l'homme créa une tension pesante dans la tente Impériale. Alors ainsi, Ethel Trust avait cédé ses pouvoirs de Chef des Armées à Dia Negacié ? Cela expliquait la présence de l'Amirale sur le champ de bataille...

Shiarl ne réfléchit pas plus d'un instant. Il fallait venir en aide aux troupes dans la montagne. Il rassembla les hommes restants, et engagea l'Armée Impériale dans la direction qu'elle avait empruntée quelques heures auparavant.

Et, d'un pas rapide, à 6h44, ce furent pas moins de deux mille unités qui s'engagèrent dans les montagnes, avec pour seul but de sauver ce qui restait des éclaireurs platins qui avaient encerclé les chars du Veesna, mais n'en restaient pas moins désorganisés et amputés d'une grande force de frappe. La guerre-éclair de l'Amiral Andrew Leister avait fait des victimes, de nombreuses victimes... mais avait aussi causé tellement d'incompréhension...



---

Mont Gharj, Front Sud, 6h40


Dans une bataille qui avait abandonné toute idéologie, les hommes ne se battaient plus que pour leur vie. Les médecins étaient débordés, et on ne comptait plus les pertes. Tout allait si vite, et même si l'avancée de la colonne ennemie avait été stoppée, les morts s'enchaînaient, et les affrontements au sein du Col de Gharj prenaient une tournure frappante. Partout, les refuges s'amenuisaient, la roche tombait, et nombreux étaient ceux qui périssaient dans ces éboulements causés par la puissance des canons à plasma ennemis.

Le peu de forces agissant au revers des forces Veesniennes avaient causé leur déroute temporaire, mais à présent qu'elles s'étaient réorganisées, ces dernières étaient devenues plus meurtrières que jamais, agissant avec hargne face au regain de puissance soudain de l'Armée Impériale Platine.

Véritable combat d'ego entre deux super-puissances de Desertica, la guerre se transforma rapidement en massacre que toujours aucune raison ne venait cautionner.

Mise à mal par la riposte Veesnienne, la tenaille Platine fut forcée au recul et, tentant tant bien que mal de couvrir la retraite de ses hommes, Fits déchargeait toute arme qu'il trouvait sans réfléchir. Mais le Veesna approchait à grand pas, et l'Armée ne parvint pas à contenir cette démesurée puissance. Fits se retrouva bientôt nez à nez avec l'infanterie ennemie. Il les mit en joue, en descendit trois, avant que la quatrième balle ne s'enrayât dans la chambre.


« Putain... de fusil... de... MERDE ! », hurla-t-il en envoyant l'arme au visage d'un de ses adversaires.

Dégainant son couteau de chasse, il parvint à occire deux de ses ennemis, avant d'être mis au tapis par une balle entre les deux yeux.

Partout, sur les routes, on voyait les soldats du Veesna achever les blessés, emporter dans leur volonté incroyable le peu de résistants, et ce fut la fin de la tenaille.



---

Mont Gharj, 2 km au nord des affrontements, 6h50


Ethel Trust avait fui. L'esprit encore embrumé de la demi-bouteille de whisky qu'elle avait vidée, elle marchait telle un mort-vivant, slalomant entre les corps, suivant le son des balles et des canons, comme un artefact de valeur au milieu de tant de déraison...

Elle avait dans son sommeil aperçu ces deux yeux d'ébène qu'elle craignait tant. Ces pupilles blanches qui l'observaient sans cesse, désormais. Elle avait vu Dia Negacié, forte d'une puissance infinie, prendre le contrôle de ses hommes, et massacrer sa grande armée. Alors, toute éméchée qu'elle était... elle avait fui. Ethel Trust avait fui, prenant ses jambes à son cou, comme une lâche, une vulgaire civile fuyant la guerre.

Des larmes coulaient de ses orifices oculaires vides et ternes. Elles vinrent sillonner ses joues, gommant la poussière qui harcelait son visage, effaçant les soucis dans son esprit, à la porte des combats.

Ethel pouvait entrevoir, au loin, ses hommes chuter du haut de leurs perchoirs respectifs, tomber sous le joug de l'armée ennemie, se battant jusqu'à leur dernier souffle, comme des fous, comme des platins.
Elle parcourut encore cinq cent mètres, avant de s'arrêter, épuisée.
Alors elle chuta elle aussi, la grande Impératrice. Elle s'étala de tout son long, secouant le sable qui s'envola dans une majesté absolue, sous la lumière grandissante de l'aube.

A un kilomètre de là, les platins se repliaient toujours rapidement. Andrew Leister était arrivé sur le lieu du combat, menant désormais l'armée d'une main de fer dans son Char de Commandement. Au bord du gouffre, l'Armée Impériale se regroupa rapidement en zone découverte sur le plateau de Moeil, sans abri possible, avant qu'un homme ne repère, à quelques mètres de là, l'Impératrice Platine elle-même, à terre, inerte. Alors les quatre cents hommes qu'il restait l'entourèrent, formant un dernier rempart autour de leur meneuse, et envoyant toutes les dernières fusées éclairantes dont ils disposaient avant que la colonne de chars ne fasse irruption dans l'espace plan où tout devrait se jouer.

Brandissant leurs fusils avec ce qui leur restait de munitions, les Impériaux firent face dignement. Mais les chars ne firent pas feu. Car, à l'instant même où Andrew Leister, le chef des armées du Veesna, allait donner l'ordre, il repéra derrière son ennemi le corps de l'Impératrice. Mais il n'eut pas le temps de tirer les conclusions nécessaires car, débouchant de la route de l'autre côté du plateau, une silhouette de deux mètres de haut, malingre, aux cheveux bruns et habillée d'une toge blanche couvrant sa bouche, entourée par des flammes violettes, l'arracha à toute réflexion.

Il se souvint alors de tout. Le massacre de Faij, ses rêves curieux, le rapport qu'on lui avait fourni, tout apparut alors comme lié. Et alors que l'Apocalypse survenait à cet emplacement précis entre l'Empire Platin et le Veesna, là où tout avait pris vie et où, peut-être, tout s'arrêterait, Andrew Leister, Kami Raykovith, perdit le contrôle, chose qui lui arrivait très rarement. Et il hurla alors à ses hommes de faire feu, avec toute la puissance nécessaire, pour réduire à néant cette chose qui était face à lui, et qui incarnait la menace qui planait depuis plusieurs jours sur lui, ses hommes, son futur, son passé, sa vie... Bref, sur tout ce qu'était devenu Kami depuis la perte de son amante et amour Nikki Katarilis.


---

Route de Moeil, 6h58.


« Regardez, là-haut ! »

Le Capitaine Shiarl observe les fusées d'alerte platines illuminer le ciel bleu sous le soleil naissant de la matinée. Alors il invective ses hommes, les poussant à se dépasser, car il sait qu'en haut de ce plateau, ce haut plateau de Moeil, tout prendra fin.

« Allez, on se bouge ! »

Et l'Armée Impériale Platine, à l'effectif réduit à 2 000 hommes, marche sur l'ennemi comme un tsunami, avec tout l'engouement, toute la hargne et toute la volonté de celui qui, acculé, sait que le choix n'existe plus et qu'il a dépassé ce croisement où le tournant était encore possible, entre la fierté et la raison, la violence et la paix, la vie et la mort.

Tous mourront, alors, en haut de cette colline. Que leur cœur s'arrête ou non de battre... ils ne seront plus jamais les mêmes. Mais ils crient, hurlent, pleurent leur envie. Et courent à présent, comme des bêtes déchaînés, vers le massacre annoncé.
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Re: Pantins, Impératrice et Amirale

Message par Sergent Kami » 26 mars 2012, 22:48

Mont Gharj, 6h58


Depuis l’immense explosion qui avait secoué le champ de bataille, un silence de mort remplaçait la douce mélodie des canons. La poussière aidant, les trois parties furent contraintes de se perdre de vue l’espace d’une minute, plus pesante que jamais.

(chuchotements)
Amiral… On a … réussi ?

Dans une expression trahissant ma perplexité, je fixais la carte stratégique. Inutile de perdre du temps dans l’expectative, tant la réponse était évidente. Je sentais l’extraordinaire et non moins inquiétante présence d’une miraculée, qui, sous le feu de centaines de canon aurait dû succomber. Alors, m’attendant à une réaction hostile, mes méninges fonctionnaient à plein régime pour subir le moins de pertes possible quand ce colosse de magie passerait à l’offensive. Et maintenant que je me trouvais face à un insondable dilemme, choisir entre l’apaisante vengeance ou la douloureuse vérité, un immense doute m’envahissait. Avais-je mené les miens dans le plus terrible des guets-apens ?

Subitement, je relevais la tête en regardant en direction du poste d’observation, juste assez tôt pour voir un char proche être soulevé dans un bruit de tôle froissée avant de s’écraser lourdement au sol en proie aux flammes pourpres. Très rapidement, d’autres suivirent alors que calmement je réorganisais mes troupes, préparant minutieusement la retraite. Tranchant littéralement avec l’affolement qui gagnait l’équipage, je me levais lentement sans un mot et lançais un appel à tous mes soldats. Un appel à charger la petite troupe platine, à capturer de force l’Impératrice et à l’évacuer vers le point de ralliement à quelques kilomètres de là. D’un mouvement, j’attrapai un fusil d’assaut et me téléportais à l’extérieur, sur le champ de bataille faisant face à un sourire mystérieux qui allait en s’élargissant. Je brandissais énergiquement mon fusil mitrailleur prêt à cribler de balles l’étrange humanoïde.

Nous nous regardâmes en chien de faïence, jaugeant l’autre pour mesurer la menace, alors que derrière moi, la colonne de blindée chargeait les lignes défensives des autochtones. Dia fulminait vraisemblablement prise de court, alors que les premiers échanges se soldaient en dizaines de soldats désintégrés et en chars embrasés.

Malgré mes efforts, l’attention de la dame se portait irrémédiablement sur le combat qui se déroulait plus loin. Je pouvais tirer à l’arme automatique, entraver magiquement ses mouvements, rien n’y faisait et la femme ne cessait d’avancer lentement mais sûrement, protégée derrière une bulle défensive. Dans une énième tentative, j’invoquais la rune d’isolement. La belle s’arrêta net, comme bloquée contre un mur invisible et se retourna, prête à écraser le moucheron qui n’avait eu de cesse de l’irriter.

Toi, tu restes là, lançais-je froidement alors que je croisais son visage à l’expression si meurtrière.

Tu vas le regretter, tonna t-elle en déployant une force au-delà de tout ce que j’avais pu croiser jusqu’alors.

Ecrasée par l’aura démoniaque de la princesse, la rune se dissipa tout aussi succinctement qu’elle était apparue, et surpris par le déferlement de puissance, je heurtais le sol juste à temps pour voir l’armée veesnienne écraser et capturer les derniers résistants platins. Sentant le danger, je me téléportais un peu plus loin, in-extremis, évitant le mortel venin d’une Dia crachant sa colère.

Désormais entrainé dans un tête-à-tête musclé et enivrant, j’adoptais une posture défensive, tournant lentement autour de la princesse, soutenant sans sourciller son regard. Chacun de mes mouvements était analysé de manière à parer efficacement ses attaques les unes après les autres.

---
Route d’Eenia, 7h04


Fuir, toujours plus vite, toujours plus loin. Les ordres étaient clairs, la colonne et les prisonniers platins devaient s’échapper le plus rapidement possible. Et pourtant, ces soldats si fidèles se trouvaient confronté à un flou artistique des plus déconcertants. L’attaque avait fait tellement de victimes et laissé tant de questions en suspend. Conscient de l’épée de Damoclès restée en suspend, prête à leur ôter la vie, les enfants qu’ils soient de Platin ou du Vessna ne pouvaient compter que sur eux. Ainsi, bercés par les soubresauts des moteurs agonisants de la colonne de chars, soldats et prisonniers entraient dans un état proche de l’empathie. Sans crier gare, les monstres d’acier se stoppèrent en chemin. Le chef du char de commandement, sous-officier le plus gradé de la troupe vessniene, apparut aux yeux de tous, se planta devant son homologue platin.


« Je suis le sergent Aikha Szmett, dit-il calmement. Me comprenez-vous ? »

L’éclaireur répondit par la positive d’un hochement de tête, sans prononcer un mot.

« Bien. L’Amiral nous a donné l’ordre de fuir en direction du village d’Eenia mais en l’état actuel des choses, nous n’avançons pas assez vite. L’Amiral n’approuvera pas de pertes inutiles. Alors, si nous vous libérons, accepterez-vous de nous suivre sans faire d’histoire ?

- Qu’avez-vous fait de l’Impératrice ?

- Elle est en sécurité dans le char de commandement. L’Amiral Leister nous a sommés de lui prodiguer tous les soins nécessaires en attendant son retour. Nous devons absolument poursuivre notre route, pouvons-nous vous faire confiance ?

- Nous protègerons l’Impératrice quel qu’en soit le prix.

- Je prends cela pour un oui, trancha Szmett. J’ignore ce que l’Amiral a prévu, mais il est certain que si nous restons ici, nous mourrons

D’un geste, le sergent ordonna qu’on ôte les liens entravant la liberté de mouvement des platins et hurla à ses troupes de poursuivre leur chemin vers le point de rendez-vous.


Allez les gars, on dégage !

---
Mont Gharj, 7h04


Une poignée de minutes suffirent à dénaturer le fragile et sempiternel écosystème du plateau de Moeil. Une poignée de minutes qui venaient d’embraser la roche au rythme des échanges énergiques de deux protagonistes. Occultés par la noirceur de la magie employée, les premiers rayons de l’astre du jour ne perçaient pas le champ de bataille si bien que seul mon sixième sens me permettait de conserver une trace de la présence de l’ignoble Dia.

Téléportation, parade, contre-attaque, esquive…

Pris de force dans un cycle interminable, je n’arrivais à trouver de faille dans sa bulle défensive. Mon opposante semblait ne pas avoir de limites, si bien que je fus contraint de trouver une solution. Fonder une tactique sur une analyse précise de mon adversaire avait beau être ma spécialité, cela n’en restait pas moins une activité fort gourmande en attention si bien que je n’entendis pas mon sixième sens me crier le danger auquel je m’exposais. Et mes pieds se dérobèrent, me faisant plonger contre la roche acérée.

La poussière s’envola esquissant de gracieux tourbillons, puis feignant la fatigue, retomba innocemment sur le visage d’un ange déchu.

Foudroyé. A la limite de l’inconscience, j’étais cloué au sol impuissant face à la vague douloureuse qui déferlait dans ma tête. C’était injuste. L’histoire ne pouvait se terminer de la sorte. Le héros ne pouvait mourir si loin du but. La légende en serait à jamais tachée et… de toutes manières, j’étais décidé à ne lâcher pas prise. Certains se vantaient de jouer avec leurs destins ? Pour ma part, j’en étais totalement maître, ou presque. Prenant un temps certain, mais nécessaire, je me relevais d’entre les morts mué par une rage de vaincre renouvelée. Encore, sous le choc, j’esquissais quelques pas mal assurés en arrière et constatait que la maléfique princesse n’avait pas bougé d’un poil…

Je ne pris conscience du sang qui maculait mon visage qu’au moment où une goutte de liquide écarlate ne glissa de mes cheveux pour rouler le long de mes joues.


Alors mon petit, tu abandonnes déjà ? lança t-elle d’une voix mielleuse, un sourire sadique agrémentant son visage d’albâtre.

Je me surpris alors à lui rendre son sourire. Ces quelques mots représentaient la touche d’inspiration qui m’avait fait défaut jusqu’à maintenant. A n’en pas douter, son égo démesuré serait sa propre faiblesse et au prochain coup, sa confiance toute puissante allait fondre comme neige au soleil. Il ne me restait plus qu’à attendre le bon moment…

---
Quelques milliers de kilomètres au dessus des combats, 7h06



Commandant, nous sommes prêts.


Assis dans son confortable fauteuil, Ulrich Bohm jubilait. Un ordre, un geste et il dispensait la sentence de l’atome selon son bon vouloir. Que se passerait-il si, au lieu de fournir ce tir de soutien, l’homme au crane rasé prenait pour cible la capitale de l’Empire déchu ?

Le gradé chassa cette pensée futile et, les yeux rivés sur la carte stratégique, lâcha l’ordre tant attendu.

---
Mont Gharj, 7h06

Forte de sa confiance quant à l’issue de l’affrontement, la princesse venait de négliger sa propre défense, une fois de plus. Une fois de trop. L’opportunité était trop belle. Des dizaines de runes apparurent, démultipliant force physique, vitesse et annihilant la douleur. En une fraction de seconde, je me retrouvai nez à nez avec la Dame, muscles bandés. Durant cette fraction de seconde, je vis dans ses yeux le reflet de mes iris d’un bleu aux lueurs magiques et son sourire assuré s’estompa. Je conclus finalement le tête-à-tête d’un crochet à en décrocher la mâchoire, qui, amplifié par la magie, envoya au tapis Dia une poignée de mètres plus loin.

Les éphémères runes s’estompèrent aussitôt, et je m’approchais d’un pas lent de la princesse. Cette dernière, à quatre pattes tremblait, crachant brièvement un sang brunâtre. Ses yeux révulsés me laissaient croire à une crise d’épilepsie, alors qu’au même moment, sa puissance s’accroissait de manière exponentielle.


Cr..crève, co..con..nard !

J’esquivai l’attaque sans vraiment m’en rendre compte. Blessé et fatigué, je tâchais d’arborer une attitude digne de moi, froide et mystérieuse, sans avouer que sous le masque, je me retrouvais comme emporté dans une ronde qui n’en finissait plus... Je me sentais partir à des lieues de l’affrontement. Je réalisais qu’en l’état actuel de mes connaissances, je ne pouvais lutter contre l’humanoïde. Et pourtant, bien que cette force ne frise la déraison, l’immortalité n’existait pas. J’étais intimement convaincu que quelque part se trouvait une arme ou un je-ne-sais-quoi qui me permettrait de triompher… plus tard.

Amiral, le missile tombera dans les prochaines secondes.


Lève donc la tête, idiote.


Je me délectais de la vision d’une Dia en proie à l’indécision. Profitant de l’opportunité, je me dématérialisais. Une bataille venait de se clore, mais la guerre, elle, n’en était qu’à ses prémices…

---
Village d’Eenia, 7h10


Les soldats regroupés autour des chars fixaient le ciel sans un mot. L’horreur et la peur se lisait sur leurs visages. Ils étaient apeurés car, à cet instant, une boule de feu, ressemblant à une étoile, filait à toute vitesse vers le plateau de Moeil. Horrifiés devant l’utilisation d’une arme proscrite par la corporation.

Mais aucun d’entre n’eut le temps de commenter le spectacle car, dans un amas de fumée, l’Amiral venait d’apparaître, maculé de sang et plus soucieux que jamais.


Soldats, partagez eau et rations avec les platins. J’ai fait une grossière erreur. Ils ne sont pas nos ennemis... Où se trouve l’impératrice ?
lança Leister, en avançant tant bien que mal d’un pas se voulant pressé.

Votre v… L’Amiral lança un regard noir à l’homme qui allait lui faire perdre son temps. Ce dernier se ravisa pour mieux rebondir. Dans le char de commandement, Amiral.

Bien. Que personne ne me dérange, trancha l’officier.

***

D’un geste, je claquais la lourde portière, ramenant la pénombre dans la carcasse d’acier. Dans un état d’esprit mêlant incompréhension et colère, je plantais mes yeux dans ceux d’Ethel.


C’est quoi ce bordel !?
Dernière édition par Sergent Kami le 27 mars 2012, 00:16, édité 1 fois.
Amiral Andrew K. R. Leister, dit le Feu, à votre service.
Un homme éclairé a écrit :Sergent dieu n'aime pas être contredit ! :evil:

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Kossnei
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Re: Pantins, Impératrice et Amirale

Message par Kossnei » 26 mars 2012, 23:35

Explosion de joie dans la foule. Les décibels agressifs percent les tympans du peuple, mais nul n'en a cure. La journée est si belle sur l'Empire Platin, l'astre Déserticain bénit les hommes d'une lumière si chatoyante, égayante, salvatrice, que la population s'enivre d'un souffle en suspens. Comme si, au zénith, le soleil rappelait sa puissance quasi-divine à tous ses fidèles, qui l'accueillent avec des sourires éclatants et des larmes incontrôlées.

Le jour est clair et les esprits libérés. Les corps renaissent d'une jouvence inespérée, que seule une icône fait se dresser ; contre les soucis, la misère, les guerres, Sarune Herikovkà fait naître l'espoir parmi les siens.

Et l'Empire le lui rend bien. Avide de ses sorties quotidiennes, de sa popularité indécente, irraisonnablement médiatisée et fortement décriée, le peuple rend à l'Amirale Mana-Li VI la gloire qu'elle mérite.
Obscurcie par les exploits d'un Darkness Cruiser jugé plus apte à mêler politique et stratégie, la jeune femme n'en reste pas moins la grande préférée du petit peuple. Mais, forte du bouche à oreille qu'on lui prête et pourtant bien loin des conciergeries en tous genre, Sarune commence à grignoter une part qui ne lui est naturellement guère dévolue.

Et il en fait partie, lui, qui se démène là, seul au milieu de tous, et qui de son œil aiguisé tranche la foule tel un espion pour tenter une fois de plus de poser ne serait-ce qu'un millimètre carré de son épiderme sur celui de sa jeune supérieure. Car, oui, la part de supporters que Sarune Herikovkà tente de conquérir, c'est bien l'Armée Impériale elle-même.
Aussi, tout enjoué qu'il est que son idole ait pris ces heureuses mais non moins dangereuses résolutions, le Capitaine Shiarl baigne dans une félicité devenue drogue, de laquelle il jouit mais qui, en ses jours de dépit, le ronge telle l'écume implacable baigne la plage lorsqu'elle en frappe le rivage et son majestueux écueil grisé. Source d'une nostalgie qui n'a d'égale que la métaphore, Sarune est depuis plusieurs semaines devenue la morphine du citoyen. Ressource rare et tant prisée ; c'est peut-être cela, au fond, l'opium du peuple...



« L'Opium du peuple ? Qu'est-ce que tu racontes, Shiarl... ? »

Le jeune homme s'éveille avec stupeur de son rêve éveillé. Il fait nuit, et le ciel Platin pleure des larmes rougeoyantes.

« Merde. Les fusées d'alerte. On se regroupe, les gars ! Direction l'entrée du col ! »


Mont Gharj, 5h45.

Les cinq mille soldats platins gravissent la roche et parcourent les chemins sinueux tels des insectes en fuite. Et si l'ordre semble primer sur tout le reste, d'aucun qui pourrait percer l'obscurité pour observer le Capitaine Shiarl pourrait affirmer que ce n'est guère la sérénité, mais bien le trouble, qui en ce matin de sang l'habite.
Bien loin des ordres habilement distillés et des consignes hâtivement distribuées, l'homme est encore somnolant. Pis : il est dans le rêve. Tel un mort-vivant, il parcourt des kilomètres et des kilomètres, draguant son équipement sans sembler s'en incommoder, il est toujours dans la foule, à crapahuter jusqu'à elle, pour avoir la chance de lui adresser ne serait-ce qu'une parole, lui communiquer son admiration si fervente.

Alors il approche de Sarune Herikovkà, non sans tact, et lui crie :


« Amirale ! Amirale ! Je... »

Ses mots sont étouffés par les cris. Elle qui vient de lever le bras en signe de remerciement, dévoilant son aisselle délicate et le haut de ses fines côtes, ne l'a pas entendu. Deux, trois personnes viennent à présent se placer entre Sarune et son éperdu admirateur. Ne reculant devant rien, ce dernier se fraie un chemin entre ces obstacles, et parvient de nouveau à se maintenir à distance, tandis que l'Amirale avance d'un pas assuré au milieu de ses fans.

Alors il réitère...


« Sarune, écoutez-moi... Je vous aime ! Regardez-moi, rien qu'un instant ! Daignez m'enseigner votre art, et je vous jure que, sur ma vie, je n'aurai de cesse de vous protéger ! »

... en vain.
Comme un malheureux hasard, la foule semble une fois de plus avoir couvert la déclaration. Prise d'un ostensible accès de surdité, la jeune femme continue son chemin, suivie avec toute la détermination nécessaire par le jeune officier.
Lorsque, pour la troisième fois, il réussit à se placer près d'elle, il tente le geste du désespoir, et pose sa main sur l'épaule nue de la jeune Sarune.

Terrible erreur.




« Nom de Dieu, c'est quoi cet orage ? »

Col de Gharj, 5h58.

Le tonnerre gronde désormais dans les montagnes platines à une fréquence plus intense que la sueur ne dégouline sur les fronts respectifs des soldats de l'Armée Impériale.

« Je pense que... ce n'est pas l'orage... »

« On augmente la cadence, les gars !»

A peine cette phrase a-t-elle retenti dans la montagne qu'un bruit assourdissant en couvre la réplique.



Fracas énorme qui résonne dans le crâne du Capitaine Shiarl. Plaqué à terre par les gardes du corps de Sarune Herikovkà, qui ont surgi de nulle part, l'officier n'a rien vu venir. Sa main porte encore sur sa surface la chaleur du corps de la jeune femme lorsqu'il est immobilisé aux pieds de cette dernière.

« Reste à terre ! »

Maudissant ces bras qui le retiennent, Shiarl décolle son visage du sol poussiéreux, et lève les yeux vers l'Amirale. Elle le regarde attentivement. Miracle. Il a enfin réussi à capter son attention. Certes, la manière est peu désirable, mais l'effet est si envoûtant... Plongeant ses yeux dans ceux, d'un bleu-gris divin, de son idole, le Capitaine en perd ses moyens. Ne luttant plus contre la subjuguante beauté de sa supérieure, il se laisse envahir par une plénitude sans égale, jusqu'à ce qu'enfin celle-ci ne délie les lèvres :

« Me... protéger ? Sache que je maîtrise un niveau de magie si grand que je pourrais te faire mourir asphyxié par simple pression spirituelle, soldat. Je n'ai pas besoin, pour me protéger, d'un faible qui se laisse mettre à terre par ceux que je ne recrute que pour empêcher des hommes comme toi de poser ses mains sur moi. »

Coup de fouet. Sale journée pour l'Amirale Herikovkà, mauvais timing pour le Capitaine Shiarl.

« Faites-moi disparaître cet importun, messieurs. »

Et tandis que le jeune homme disparaît dans la foule, Sarune redonne vie à un sourire éhonté.



« Capitaine, attention ! »

Shiarl fut projeté à terre par un de ses subordonnés qui fut soufflé par l'explosion de la grenade qui, quelques secondes plus tôt, se trouvait au pied de l'Officier.

Entrée du Col de Gharj, 6h29.

« Putain de... »

Shiarl rampa jusqu'à l'obstacle le plus proche, et se dissimula derrière. Assez, il devait cesser de penser à elle... Chaque instant d'inattention coûtait cher, dans cet enfer. Il empoigna son fusil d'assaut avec détermination et se concentra sur le champ de bataille pour chasser ce rêve éveillé qui ne cessait de le tenailler.
Il descendit plusieurs ennemis, et fit progresser ses hommes. Reprenant le rôle de meneur qu'il avait délaissé depuis plus d'une heure, il parvint sans mal à mener l'Armée Impériale à la victoire.
A 6h44, Shiarl reprenait la route avec ses deux milliers d'unités, en direction du Plateau de Moeil.

A 7h10, un énorme impact projeta tout le bataillon au sol.

Une explosion incroyable balaya les rochers, heurtant plusieurs des soldats, létale avalanche de granit qui emmenait tout sur son passage. Un à un, les militaires chutèrent, soit par la force de la radiation nucléaire, soit après avoir été frappés par la force d'une nature qui se déchaîne contre l'inhumanité qui sans vergogne la dirige. Alors la fission détruit, dissèque, annihile. Et si les platins, assez loin qu'ils sont pour en réchapper, n'en meurent pas, la plupart d'entre eux souffre des éclats, et, dévorés qu'ils sont par l'appétit radioactif de l'uranium, les organismes sont déjà condamnés.

Mais, sans même une seconde imaginer que leurs camarades aient pu périr de l'explosion, les hommes se remettent en route, courant sans hésiter vers le repaire de mort qui devait, au sommet de ce perchoir menaçant, les accueillir.



---

Plateau de Moeil, 7h11.

Sombre et funeste environnement gît là, qui de son voile sombre et pourpre achève d'entacher d'une mortifère atmosphère le décor naguère rayonnant. Car c'est bien un siècle qui semble s'être écoulé en quelques minutes, légers coups d'horloges séparant l'étonnement du déchaînement, comme si une énergie infinie était d'un simple mouvement d'aiguille apparu, là, dissimulée quelque part entre la trentième et trente-et-unième seconde de 7h10.

Les carcasses des chars semblaient être les seules survivantes du missile nucléaire qui avait heurté le plateau de Moeil, enfouissant Dia trois pieds sous terre, ou plutôt trois pouces sous poussière.
En effet, la Princesse Démoniaque ne tarda pas à donner signe de vie, émergeant doucement de sa prison souterraine et sableuse, comme si ce petit-déjeuner surprise l'avait mis en appétit. Mais s'il en était, c'était d'une satiété incommensurable dont il fallait nourrir la belle, qui n'avait plus qu'un sombre dessein suintant d'une haine profonde comme obsession : retrouver Kami Raykovith, et le tuer.

Elle lança un regard dépité vers la route d'Eenia par laquelle ce dernier avait fui, avec l'Impératrice Platine de surcroît. Elle dut combattre avec fermeté l'envie qui la rongeait de les poursuivre dans ces montagnes qui avaient désormais ostensiblement marqué l'Histoire à jamais.
Pour aujourd'hui, il était trop tard. Dans deux heures à peine, elle devrait être prête à donner son premier discours officiel en tant que dirigeante du nouvel Empire, paradoxalement rebaptisé République Négacienne.

Alors elle épousseta rapidement sa toge en lambeaux, et s'apprêta à mettre les voiles quand une présence l'intrigua. Là, en deçà du col, non loin de de la lisière de cette route qu'elle avait empruntée pour poser le pied sur le plateau de Moeil, de nombreux hommes semblaient affluer.

Se postant sur le canon du char qui lui faisait face, elle attendit avec son air le plus déterminé qu'un peu d'exercice ne se présente à portée de sa main décharnée...


De l'autre côté de la route, les soldats platins forçaient la marche mais étaient fortement retardés par leurs blessés qu'ils n'avaient eu le temps de ménager sous la pression montante de la situation. Si bien qu'au lieu de cinq minutes au pas de course, l'armée en mit une bonne vingtaine dans sa piteuse cadence, avant d'arriver en haut de la pente raide qui menait au plateau. Les derniers mètres furent gravis dans le silence le plus total des soldats, épuisés, qui donnèrent ce qu'il leur restait de force pour aller au bout, espérant trouver, sinon celle de leurs camarades, une quelconque trace de vie au sommet.

Lorsque, enfin, l'escadron foula le sol de la zone, c'était un véritable cimetière qui se dressait face à lui. Le terrain semblait ne plus abriter que des carcasses de chars ombrageant des cadavres indénombrables à moitié ensevelis sous la poussière.
Et aussi vrai que tout cimetière a ses oiseaux de mauvaise augure, il en était un qui, imposant, dominait les morts de sa taille invraisemblable, juché qu'il était sur le canon d'un blindé renversé.

Dia Negacié, dont l'apparat était déchiré de toutes parts, encore tremblante de la claque qu'elle venait d'encaisser de plein fouet, était là qui n'attendait que d'accueillir l'Armée Impériale Platine, malgré tout, sans ciller, avec un sourire et du sang.



« La voilà... »


---

Approximativement au même instant, à 5km au sud.

« C'est quoi ce bordel ?! »

Ethel Trust, ligotée dans le Char de Commandement du Veesna, leva ses yeux embrumés vers Kami Raykovith, encore secoué par son tout récent combat. Inspirant lentement, elle délia les lèvres :

« Si seulement j'avais su... »

Kami leva un sourcil, mais laissa volontairement le silence s'instaurer pour faciliter la prise de parole de l'Impératrice qui prenait difficilement conscience de ce qu'il venait de se passer. Après un court instant, elle reprit :

« Cette femme est le Démon incarné. D'après nos informations, elle viendrait de l'Autre Côté. »

Elle déglutit avec difficulté, et ferma les yeux.

« Elle s'appelle Dia Negacié, et a pris sans demander, se servant en le gouvernement de l'Empire comme si tout lui était dû. Je suis la seule qu'elle craint... »

Elle lança un regard en coin à Kami.

« ... enfin, étais, semble-t-il », rajouta-t-elle.
« Toujours est-il qu'elle a commencé à regrouper des fidèles, et à nous poser des problèmes internes. Ma venue dans le sud de l'Empire Platin a tout à voir avec la situation actuelle. Je pensais qu'elle serait suffisamment occupée dans la capitale pour venir ruiner tout espoir de diplomatie ici... J'avais tort. »

Tout commençait à prendre forme dans l'esprit de Kami. Le mécanisme qui s'était mis en place lorsque cette femme avait surgi devant lui entamait son articulation.

« Je n'ose imaginer l'état actuel du gouvernement... J'ai commis une grave erreur, et c'est pour cela que j'ai fini par fuir. Mais l'Empire est trop faible, désormais. Elle en prend le contrôle à une vitesse inestimable. Elle recrute une armée de citoyens et gangrène le système de l'intérieur en profitant des faiblesses que, par ma nature trop laxiste, j'ai laissé s'installer. Fut une époque où des groupuscules tels que l'Aurore Platine auraient été démantelés en un clin d’œil, mais avec tous ces scandales, nous voulions éviter de plonger encore davantage nos mains dans le cambouis... Mais maintenant qu'elle est à leur tête, qui sait qui pourra lui résister ? »


---

Plateau de Moeil, 7h14.


Le Capitaine Shiarl était le seul à ne pas défaillir devant la Princesse des Démons qui les observait de son regard aiguisé, révélant des dents acérés sous sa toge sale et déchirée.
Celui-ci se tourna vers ses hommes, et les observa avec gravité, entamant un rapide discours préventif :


« Messieurs, l'ennemi se trouve devant vous. Il est affaibli, mais prenez garde, car il ne vous laissera aucune chance en cas d'inattention. Soyez prêts à... »

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que la première ligne de ses hommes éclata, ne laissant à terre que de la poussière et du sang. Dans son dos, Dia Negacié éclata d'un rire cristallin.

« Tu disais... ? »

Le Capitaine se retourna, dégaina son arme, et fit feu, suivi par des milliers de détonation. Les hommes se mirent en position, déchargeant leurs balles de 9mm sans laisser un instant de répit à leur adversaire.

Mais la Princesse sauta du char où elle était perchée, semblant comme planer dans les airs, alors qu'elle évitait les innombrables balles avec une facilité déconcertante.


« Qui est affaibli, à présent ?! »

La voix de Dia résonnait dans les montagnes avec une force inimaginable, et le moral des hommes s'amenuisait avec leur réserve de munitions. A chaque virevolte du Démon, chaque pas de la Dame, c'était une dizaine d'hommes qui chutait pour ne plus se relever.
Désarmé face à une puissance si grande, Shiarl ne savait plus où donner de la tête. Il scandait des ordres incompréhensibles à ses hommes lorsqu'il rechargeait son arme, mais toujours il voyait ses rangs diminuer, par les morts ou les déserteurs.

Bientôt, il n'y eut plus qu'elle... et lui.


Alors, un instant, Dia et Shiarl s'immobilisèrent. La première, pour savourer le jouissif instant. Le second, pour recompter ses balles et souffler un instant.

Ne pas se laisser submerger par la foultitude de corps. A l'inverse de cette journée, analyser son environnement, guetter l'ennemi.



---

« Faites-moi disparaître cet importun... »

Une larme coule le long de la joue de l'Officier. Son regard embué est submergé par des visions de l'Amirale Sarune Herikovkà, qui ne sourit plus. Non...

« Faible... », lui répète-t-elle sans cesse.


---

« NON ! », hurle Shiarl, alors que Dia se rue sur lui. Il dégaine son arme de poing, mais, du revers d'une main, la Princesse fait voler le pistolet, et de l'autre, elle lui agrippe la tête avec force, et soulève l'officier à trente centimètres du sol.


---

« Vous êtes sûr de vouloir faire cela, Monsieur ? »

Shiarl se tourna vers l'homme en costume, et lui lança un regard interrogateur. Gêné, ce dernier répondit :

« Eh bien, ce n'est pas dans mon intérêt que de vous prévenir, mais vendre la totalité de vos biens, votre maison, votre voiture... Tout me paraît bien inconscient... Serait-ce indiscret de vous demander ce que vous comptez faire de tout cet argent, Monsieur ? »

Le jeune homme resta silencieux.

Quelques jours plus tard, il ouvrait une valise remplie de billets, sur une table basse.


« Hmm... Je vois que vous étiez sérieux. Très bien, vous avez honoré votre part du contrat, je vais honorer la mienne... »


---

Dia poussa un hurlement aigu. Du sang se déversait abondamment de sa poitrine. Elle donna un grand coup à Shiarl qui eut le souffle coupé, et atterrit quelques mètres plus loin, haletant.

« Qu'est-ce que... Comment... Comment un misérable insecte tel que toi peut maîtriser une telle magie ? », demanda Dia, fulminant de rage et tentant d'arrêter l'hémorragie.

Shiarl eut un sourire forcé. Allongé sur le dos, les yeux rivés vers le ciel, il murmura alors :

« Sarune... Tu vois... Je peux te protéger, à présent... »


Dia Negacié tendit son bras osseux vers l'homme et grogna :

« Crève, espèce de sous-merde. »

Le corps du capitaine s'embrasa de flammes violettes, mais il ne hurla pas.

Non, il ne hurla pas, car, face à lui, Sarune Herikovkà le regardait avec ses yeux d'un bleu-gris divin, et son regard doux berça les derniers instants d'un homme heureux.


Il périt... dans un rêve.
« Altea seit Ethel. Ton nom ne sera jamais oublié... » - Kami Raykovith

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