L'APPEL

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flamme
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L'APPEL

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Encore une nuit écourtée par le même rêve, il s’éveillait, transpirant, les yeux écarquillés scrutant l'obscurité. Incapable de se rendormir, invariablement il se levait et d'un pas lent se dirigeait vers l'astroport plongé dans la pénombre.
Ce n’était qu'une fois aux commandes de son chasseur, lorsqu'il ressentait dans tout son corps les vibrations des puissants moteurs, qu'il recommençait à respirer normalement, à retrouver un peu de calme, à laisser s'envoler cette incompréhensible angoisse qui le poursuivait depuis des jours.


Le pilote volait comme un oiseau furtif au dessus des cratères volcaniens jusqu'à sentir la brûlure sur son front, plongeait dans les à-pic vertigineux des cascades vertanes redressant son appareil au frôlement de l'eau. Il échappait comme une ombre aux patrouilles galacticaines affolées de le voir zigzaguer entre les hautes tours de leurs mégalopoles pour plonger vers Aquablue et s'enivrer des ses embruns.


Desertica … le vent, les dunes, la chaleur Oui, c'était ce territoire infini, à la fois monotone et hypnotisant, qu'il voulait survoler. Il ralentit sa vitesse et se laissa bercer par la succession d'ombre et de lumière qui se reflétait sur les vagues sableuses.


C’était chaque jour le même périple, la même quête, le même impératif besoin de survoler les mondes.
Que cherches tu ? lui demandait-elle.
Il ne cherchait rien, il ignorait pourquoi il ne retrouvait la sérénité que dans ces voyages, un peu comme si l'immobilité était l’insupportable caricature de la mort.
Alors c'est peut être elle qui te cherche … avait-elle conclu en disparaissant dans la pénombre.
Une énigme de plus, un simple rêve peut être …




Un léger bruit le sortit de ses cogitations, un cliquetis anormal dans les turbines, une paille dans un engrenage, une anomalie dans la musique mécanique qui accompagnait ses voyages. Les vibrations du cockpit se firent de plus en plus fortes, l'appareil ralentissait comme pris dans un champ magnétique. Quand le chasseur se mit à tournoyer sur lui même le pilote fut projeté contre les parois, les coups retentissaient comme le glas de la dernière heure dans l’écho de son casque puis ce fut le choc et … plus rien.

Son corps entier n'était que souffrance, le moindre mouvement lui était impossible, nul doute que sa dernière heure était arrivée. Était-ce un rêve, une illusion ? Il n'aurait su dire si ce sentiment de fraîcheur sur son front était le fruit de sa volonté qui, désespérément s'accrochait à la vie. Il sombra dans un lourd sommeil.




Monsieur, réveille toi ! Tu as assez dormi !

Sa tête était douloureuse mais il ouvrit les yeux sur l'éclat du soleil deserticain, autour des lui des dunes claires à perte de vue. Il était allongé sur un lit de fortune installé à l'ombre de l'aile du pauvre chasseur écrasé au sol sans espoir d'être un jour réparé.
A coté de lui, un jeune garçon était assis. Il avait tout au plus une quinzaine d'années et sa peau aux reflets bleutés signait son appartenance aux peuplades nomades du désert blanc.

Dans un gémissement l'homme se redressa sur le coude pour mieux voir les traits de celui qui l'avait veillé.
Les yeux bruns et mobiles du garçon recelaient tous les mystères de cette terre aride, ses lèvres seiches n'avaient pas besoin de mots pour raconter la quête quotidienne de l'eau, de la lutte pour la survie.

Tu m'as sauvé la vie articula l'homme avec difficulté.

On ne savait pas vraiment si ce constat reflétait un soulagement ou un regret. De quoi seront faits ses lendemains ? La mort aurait-elle été plus douce ?

Ce n'est pas moi qui t'ai sauvé la vie, c'est la tribu qui l'a fait, avec l'aide de la déesse. Moi je ne suis là pour pour t'aider à payer ta dette car à quoi servirait-il de vivre si on reste redevable de sa propre existence ? Pour être libres les hommes doivent s'appartenir et ne devoir leur vie qu'à eux mêmes.
Je suis ici pour que tu puisses partir libre et donc, pour recevoir le prix du don que la tribu t'a fait.


L'homme blessé regarda autour de lui, dispersés sur le sable du désert, les quelques misérables effets que l'accident avait laissé intacts. Qu'y avait-il là dedans qui puisse valoir le prix d'une vie ?

Il lui était arrivé de traverser des épreuves si rudes qu'il aurait bien volontiers donner sa vie pour en changer l'issue, mais le destin en avait voulu autrement. Sa vie n'avait pas suffit pour racheter ses fautes, rendre son souffle à celle qu'il aimait, sauver son peuple …

Ma vie ne vaut rien, que pourrai-je te donner en échange ?

Tu dis que ta vie ne vaut rien mais pourtant cela fait quatre jours que tu luttes furieusement pour la garder et maintenant que tu es sorti d'affaire, tu voudrai me faire croire qu'elle n'a pas d'importance pour toi ? La vie est la seule chose que tu possédais à ta naissance et que tes actes en fassent de l'or ou de la poussière, cela reste ce que tu as de plus précieux.

Alors que pourrai-je te donner qui ait suffisamment de valeur pour la racheter ?

C'est simple répondit le garçon, une vie pour une vie !
Ne tournons pas autour du pot, que veux tu que je fasse ?


Nous avons besoin de toi pour nous aider à retrouver notre guide. Il a disparu il y a deux lunes dans les monts Arkael.
Sans lui nos pas ne nous conduisent vers aucune destination sacrée et nous nous contentons de survivre comme des animaux au lieu de nous élever comme des hommes.


Deux lunes ! Votre guide est peut être déjà mort depuis longtemps !
Non, il vit encore, nous le savons. La Dhara de la Tribu dit qu'il n'a pas encore rendu son eau à la terre, s'il était mort, elle le saurait.

Le pilote jeta un regard sur l'immensité désertique qui l'entourait, sur le soleil qui allait bientôt se coucher sur l'horizon, sur le jeune homme accroupi à ses cotés. Avait-il une autre alternative que de le suivre ? Avait-il le choix ?
On a toujours le choix se dit-il, il aurait pu tenter de réparer les moyens de communication du vaisseau pour appeler des secours, il aurait pu marcher seul dans le désert pour chercher de l'aide, il aurait pu décider de mourir là pour mettre un point final à une existence à laquelle il ne tenait pas vraiment.

Il choisit de penser qu'en plus de la vie, la tribu lui offrait un cadeau bien plus grand à ses yeux, elle lui offrait un but, une mission, une raison de mettre un pas devant l'autre et de continuer à avancer. Il voyait de l'ironie dans cela car à chaque fois que la vie le faisait chavirer dans le néant, il y avait toujours quelque chose qui venait lui botter le cul et le faire sortir de son trou, le destin ne le laisserait-il jamais en paix ?. Cette fois c'était ce jeune garçon dont le calme était démenti par le profond désespoir qui se lisait dans son regard.

Il se releva difficilement, ses membres étaient douloureux, engourdis. Sa tête résonnait encore de la violence du choc et un bandage maintenait sa plaie à l'abri du sable.

Le jeune homme sourit, il avait compris que l'homme le suivrait , qu'il accepterait d'offrir son aide, qu'il retrouverait le guide, il était confiant sans trop savoir pourquoi, cet homme retrouverait son père.

Le pilote rassembla quelques affaires, il fouilla le cockpit et mit dans un sac ce qui lui paraissait utile.

L'enfant l'attendait drapé dans son ample costume sombre qui le protégeait autant du torride soleil que des températures basses de la nuit. Dés qu'il fut prêt, il le suivi et ils entamèrent ensemble leur marche.

Ils formaient un drôle d'équipage, l'enfant frêle qui marchait pieds nus sur le sable brûlant, sans autre bagage qu'une outre d'eau en bandoulière et cet homme tombé des cieux dont l'uniforme déchiré et le regard perdu en disaient long sur des blessures de guerre qui étaient loin d'être toutes refermées.

Ils marchèrent ainsi deux heures durant.
La démarche du garçon était lente et régulière, celle de l'homme plus hésitante montrait qu'il n’était pas accoutumé à marcher dans le sable mais aussi qu'il n’était pas complètement relevé de ses blessures, la fatigue pesait déjà sur ses épaules.

Nous allons bientôt arriver, le rassura le garçon et peu de temps après il aperçu au loin un tache sombre et floue sur la blancheur du sable.

Quelques maigres arbustes signalaient le point d'eau. Il plissa les yeux pour les distinguer mieux mais il les voyait toujours comme au travers d'un filtre déformant.
Son accident lui avait peut être laissé plus que séquelles qu'il ne l'avait pensé au premier abord.
Mais lorsqu'il s'approcha , il comprit sa méprise et il écarquilla ses yeux d'étonnement.

Au bord du point d'eau, un « porteurs d'eau » les attendait. Il avait entendu parlé de ces créatures du désert mais il n'en avait jamais vu. Certains pensaient même qu'il s'agissait d'un mythe ou d'êtres fantastiques sortis d'une imagination délirante. Mais il était bien là, sous ses yeux, il tourna son énorme tête vers eux et il croisa son regard placide.

L'homme tituba, pris de vertige.

Ne la regarde pas dans les yeux ou tu te perdras dans son eau, s’exclama le garçon, inquiet. L'homme détourna le regard et sentit à nouveau le sang circuler dans ses veines.

Les porteurs ou bratigha, ce qui signifiait littéralement « âmes sœurs » dans le langage des hommes du désert, étaient des créatures difficiles à décrire car elles échappaient à tous les standards.
Elles avaient la corpulence d'un énorme buffle mais elles étaient complètement translucides, on apercevait l'ombre des arbres au travers de leur corps, leurs contours mouvants obéissaient au souffle du vent ou à leur volonté propre. On aurait dit une variante immense de ses méduses qui s'échouaient souvent sur les plages aqualiennes.
La lumière traversait leur corps se reflétant sur le mercure du réseau de fines veines qui les parcourait et qui se séparait aux articulations en dizaines d'étoiles scintillantes.
Leurs yeux étaient comme des lacs calmes, bleus et hypnotiques, ces animaux incroyables semblaient contenir des galaxies entières.

Le garçon se dirigea vers un sac déposé au pied de la créature et en sortit une tente qu'il monta rapidement avec la dextérité que confère l'habitude.
Nous allons passer la nuit ici et demain, au levé du soleil, nous partirons rejoindre la tribu.


….
Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son

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flamme
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Re: L'APPEL

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Sahèn réveille toi !

L'homme ouvrit les yeux, il lui fallut quelques secondes pour se rappeler ce qu'il faisait dans cette tente au milieu du désert.

Comment m'as tu appelé ?

Sahen, je t'ai appelé Sahen, le pisteur dans ta langue. N'es-tu pas celui qui suivra la piste du guide pour nous ramener jusqu'à lui ?
J'imagine que oui marmonna l'homme d'un ton dubitatif, et toi ? Comment t'appelles tu ?
Je m'appelle Tharoog.
Et qu'est ce que ça veut dire ?
Rien, c'est juste mon nom répondit le jeune homme en souriant.

Il avait fait un petit feu, dans un récipient métallique, de l'eau était en train de chauffer. il sortit d'une bourse de toile accrochée à sa ceinture, une poignée d'herbes qu'il jeta dans le liquide frémissant . Bientôt une odeur fruitée et appétissante se répandit dans l’atmosphère.

Tharoog lui tendit un bol fumant et ils partagèrent la boisson désaltérante et roborative qui allait leur permettre d'affronter la longue marche dans les sables du désert qui les amènerait jusqu'au campement de la tribu.
Quand ils eurent éteint le feu et rangé leurs affaires, le jeune nomade déplia un curieux harnachement de cuir tressé, dont les différentes pièces étaient articulées par des boucles métalliques gravées de glyphes anciennes.

Il s'approcha du porteur d'eau lentement, il lui murmura dans sa langue des paroles musicales d'une extrême douceur.
Au bout de quelques minutes le porteur s’agenouilla et le garçon installa la selle double sur le dos de l'étrange créature.

Il grimpa prestement et tendit la main à l'homme pour l'aider à monter.

Ha non ! Je ne monte pas sur le porteur d'eau ! Il se souvenait de l’étrange étourdissement dont il avait souffert la veille en croisant son regard.

Comment comptes tu traverser le désert alors ? Lui demanda Tharoog
Tu penses y arriver à pied ? Sais tu seulement où tu te trouves ?
Que vois-tu au Nord ? À L'Est ? À l'Ouest ? Au Sud ?


L'homme embrassa du regard l’étendue infinie de sable qui l'entourait.

Sais tu où nous sommes ? Nous sommes dans le cratère ! Le cratère est ni plus ni moins que le plus grand désert de Desertica. Il forme une immense arène délimitée par des montagnes aussi hautes et arides que mystérieuses.
Aucune civilisation galacticaine n'est jamais venue s'y implanter et ce n'est pas sans raison ! C'est parce que dans le cratère, la survie est presque impossible quand on n'appartient pas au peuple du désert, quand on ne suit pas ses règles et ses modes de vie.
Ici on ne catalyse pas l'acier, ici on catalyse la volonté, le courage, la survie et bien sûr ça ne rapporte aucun crédit, ça donne la seule richesse qui importe pour notre peuple, la spiritualité car nous sommes là pour élever nos âmes et pas notre pouvoir ou nos richesses.


Sahen resta stupéfait devant tant de virulence mais il eut conscience qu'il allait rencontrer un peuple dont les valeurs différaient du tout au tout de celles qu'il avait connues jusqu'à présent.

Il se souvenait des dernières images qu'il avait eu de desertica avant de perdre le contrôle de son chasseur. Du ciel, le désert blanc ressemblait à un immense cratère limité par une chaîne de montagne seiches et nues. Au nord il avait aperçu l'étendue de la puissance du Saharid, à l'Ouest les fumées des fonderies de l'Empire Platin, les chantiers de construction du Cubiland mais le cercle du désert blanc restait vierge de toute implantation de type galacticain.

C'est sans grand enthousiasme qu'il accepta la main tendue de Tharoog pour se retrouver avec appréhension sur le dos du porteur d'eau.
Il eut tout d'abord quelques difficultés à trouver son équilibre.
Il avait l'impression d'être assis sur ces curieux matelas d'eau qu'il avait connu chez certaines prostituées d'Agnosco mais au bout de quelques minutes il ressentit une sensation de confort que la monture transmettait directement à son esprit.

Le voyage pouvait commencer !

Dans sa jeunesse, le père de Sahèn lui avait inculqué un certain nombre de principes qui devaient le préparer aux relations diplomatiques entre les différentes planètes et cultures de la galaxie. Ces principes lui avaient été d'une grande utilité mais certainement pas pour la diplomatie car, malheureusement, il n'avait aucune disposition dans ce domaine.
Par contre il avait énormément bourlingué et les valeurs paternelles lui avaient maintes fois sauvé la mise.

« Là où tu iras, tu feras comme tu verras » lui avait-on maintes fois répété et il décida donc de mettre à profit ces quelques jours de voyage pour en apprendre le plus possible sur les tribus du désert.

Le jeune Tharoog ne se fit pas prier pour expliquer les coutumes, la culture, et les traditions des nomades et n’était pas peu fier d'enseigner à un homme mûr, lui qui était si jeune !

Les tribus du désert sont les enfants de la déesse, ils sont nés du cratère, ils y vivent de la naissance à la mort, ils le nourrissent de leur esprit. Ce peuple vit en groupes nomades, une dizaine de tribus occupent ce désert.
Ce sont des éleveurs, ils se déplacent avec leur bêtes sur de très grandes distances pour trouver à les nourrir et à les abreuver mais leur déplacements ne dépendent pas que des besoins des bêtes ou de la recherche de l'eau, ils ont besoin de trouver les lieux sacrés sans lesquels ce peuple ne pourrait pas survivre.

D'un naturel pragmatique, Sahen écoutait amusé, toute l'importance que le jeune nomade donnait aux lieux sacrés. Il ne croyait pas à grand chose en dehors de lui même, il avait les pieds sur terre et s'il respectait la magie, il faisait beaucoup plus confiance aux chasseurs nucléaires et aux bon vieux missiles saturés d'uranium, donc pour lui, le sacré relevait un peu de la superstition.

Il était perdu dans ses pensées quand il étendit un craquement inquiétant suivi d'un sifflement montant dans les aigus jusqu'à lui exploser les tympans, la terre se mit à trembler.

Accroche toi lui cria le garçon !

A quelques mètres seulement de leur monture, le sable se mit à bouger, à tournoyer jusqu'à former un vortex de plus en plus rapide. Un énorme rocher fut avalé comme un fétu de paille, une dune entière fut engloutie dans le sol.
Cela dura moins d'une minute, Sahèn pensa que ça avait été la minute la plus longue de sa vie.
Il s’était vu emporté sous la terre, écrasé par des tonnes de sable mais les dieux devaient être de leur coté car ils en sortirent indemnes.
Le calme qui suivit cet incroyable mouvement de terrain semblait irréel.
Une dune de plusieurs mètres de haut avait entièrement disparue !
Sahen mis quelques minutes pour retrouver sa voix.

Qu'est ce que c'était ? !!!

C'était un Sandhole.

Ce phénomène n’était pas rare dans le désert. Le seul moyen d'éviter de se faire aspirer sous la surface était de voyager sur les porteurs d'eau. Ces créatures ressentaient les sandholes et les évitaient à coup sûr.
Aucun voyage n'était envisageable sans eux, de ce fait, ils leur devaient leur survie.
Ils croisèrent trois autres sandholes avant d'arriver à destination.

Dés lors Sahèn porta sur sa monture un regard différent.

Ils chevauchèrent encore plusieurs heures avant d'atteindre une nouvelle oasis où passer la nuit et refaire leur réserve d'eau.
Ils avaient aperçu quelques arbres à l'Est un peu plus tôt mais Tharoog insista pour continuer.

Ce soir nous devons trouver un lieu sacré pour bivouaquer, l'eau ne sera pas suffisante, nous avons besoin de plus.
Sahèn haussa les épaules et ils continuèrent leur chemin.

La nuit était presque là quand ils aperçurent au loin un monticule surmonté des ruines d'un arche.
L'homme en fut étonné, il ne savait pas que ce désert avait abrité des constructions, il pensait que le peuple de Tharoog était exclusivement nomade.
Ce territoire s’avérait plein de surprises.

Ils installèrent leur camp sous les derniers rayons du soleil.
Tharoog alluma un feu et mis de l'eau à chauffer puis il fouilla dans le fond de son sac et sortit un petit pot rempli d'un onguent bleu. De ses doigts, il dessina des signes sur son visage et sur le dessus de ses mains.
Les lueurs des flammes se reflétaient sur les dessins et lui donnaient l'allure d'un spectre inquiétant dans l'ombre de la nuit.

Il s'approcha lentement des pierres érodées du vieil arche à demi effondré, il y posa se deux mains à plat puis son front et commença à entonner un chant qui ressemblait à une lente prière triste.
Les graves gutturaux s'enfonçaient lentement dans la terre tandis que les aigus montaient vers le ciel, leur flux se rejoignant dans cet être fantomatique et mystique qu'était devenu le garçon.

Sahèn, silencieux dans la brise nocturne, était fasciné par le spectacle du rituel, pourtant son regard fut attiré par des lueurs inattendues à quelques mètres de lui.
Le porteur d'eau !
Son corps translucide était devenu luminescent, cette lumière bleutée pulsait doucement comme si elle rythmait les battements d'un cœur. Le réseau des canaux des flux vitaux de la créature s'était soudainement accéléré transportant des perles bleutées qui se divisaient à chaque articulation en pluies d'étoiles d'azur. L'animal avait les yeux clos et émettait un ronronnement doux.

Quand le chant cessa, l'homme eu l'impression de se réveiller après un rêve mais les lueurs qui palpitaient encore dans le corps du porteur d'eau et qui palissaient doucement, lui disaient que tout ce qu'il avait vu était bien réel.

Tharoog, vint s'asseoir avec lui près du feu.
Ses traits étaient las et ses yeux sombres injectés de sang. Il sourit en lisant la curiosité dans le regard de son compagnon.

C'est notre façon d'honorer la déesse. Le rituel élève nos cœurs et nos âmes vers Elle et en contrepartie, Elle donne aux porteurs d'eau, sans lesquels nous ne pourrions pas subsister, toute l’énergie qui leur est nécessaire pour vivre.

Sahèn hocha la tête, il comprenait.
Le peuple des sables voyageait pour l'eau,l’élevage et pour nourrir les porteurs de leur spiritualité car sans eux point de caravane vers la subsistance donc point de vie non plus, ainsi se bouclait le grand cercle de l'existence de cette civilisation.

Il ne restait que quelques braises fumantes quand le sommeil les gagna.

Ils dormaient depuis quelques heures quand Sahèn se réveilla, aux aguets.
Il reconnaissait ce léger picotement sur la nuque, il lui avait sauvé la vie plus d'une fois par le passé … le danger.
Il ressentit plutôt qu'il ne perçu des bruissements dans l'ombre des ruines, deux hommes, non trois … Silencieusement il tira un couteau de sa botte, il posa son autre main sur le pistolet laser qui ne quittait jamais sa ceinture et il attendit ….
Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son

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flamme
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Re: L'APPEL

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Les bruits étaient furtifs, frottement d'une étoffe contre la pierre, éboulis de quelques cailloux, des sons presque naturels mais inquiétants dans la nuit deserticaine comme le crissement discret d'une lame que l'on sort de son fourreau.
Tharoog avait-il, lui aussi, senti le danger ?
Près de lui, le jeune homme semblait plongé dans un sommeil profond.

Soudain un éclair traversa la nuit et Sahèn n'eut que le temps de rouler sur lui même pour éviter l'attaque, il s'abrita prestement derrière les vestiges d'une colonne de granite et, de cet abri, il constata que Tharoog avait disparu.
Plissant les yeux, il aperçut son ombre s’éteindre entre les blocs de pierre, le garçon allait essayer de prendre leurs adversaires à revers. Sahèn compris qu'il devait détourner leur attention de cette manœuvre.

Il tira à l'aveugle dans trois directions différentes et observa un mouvement au nord. Il avait localisé, l'un des assaillants.
En danger, l'homme tenta de se réfugier derrière la pierre de rituel mais Sahèn fut plus rapide et son tir le toucha, il s'affala en hurlant.
Il se glissa près du corps de l'homme blessé et lui trancha la gorge pour l'achever dans un gargouillis sanglant avant de se remettre prestement à couvert.

Face à lui derrière les ruines basses, un bruit de lutte, un cri bref et le reflet métallique de vertana à son zénith sur les lames de Tharoog, une menace de moins …

Sahèn se plaqua contre la pierre, elle était encore chaude du soleil de la journée et de la force du rituel.
Il maîtrisait sa respiration, se fondait dans le paysage, cherchait les réflexes qu'il croyait oubliés, perdus dans une vie passée.
Un silence pesant était tombé sur la nuit.

Un bruit sec, presque étouffé, Sahèn sentit une douleur fulgurante dans l'épaule, il lâcha son pistolet qui se perdit dans l'ombre d'un buisson d'ambroisie.
La brève lueur avait éclairé pendant une fraction de seconde le visage du tireur, ce fut suffisant pour que Sahèn se rue sur lui avec l’énergie de la fureur, le colla à terre.
D'une main, il serrait son cou, son poing tombait encore et encore sur le visage de son agresseur déformé par la terreur et la douleur sous la violence des coups.

Ne le tue pas ! lui cria Tharoog .
Mais les coups continuèrent à pleuvoir
Personne ne me tire dessus tu m'entends ? Personne !!

Tharoog le poussa violemment vers l'arrière : Arrête ! Il faut qu'il parle !

Le rictus de haine qui déformait le visage de Sahèn s'estompa peu à peu et il reprit ses esprits.

Tu as raison avoua t-il dans un souffle, la mâchoire encore crispée.

Sahèn récupéra son arme pendant que le jeune garçon attachait leur prisonnier. Il le tira près du foyer qu'il ralluma.
Tu l'as bien amoché !

L'homme avait le nez cassé, la pommette éclatée, ses yeux étaient déjà mi-clos, gonflés et il gémissait dans son inconscience.
Qu'il s'estime heureux d'être encore en vie.

Le garçon avait sorti de son sac un pot d'un onguent à l'odeur ecoeurante, il en enduit une compresse qu'il fixa sur la blessure de Sahèn.
Ça devrait te soulager assez vite.
L'homme le remercia d'un grognement.

Tu as une idée de ce que ces types nous voulaient ?
Tharoog lui lança un regard en coin, il avait un demi-sourire qui n’était pas de bonne augure …

Nous sommes en guerre.
Les tribus sont toujours plus ou moins en guerre mais en ce moment c'est un peu plus tendu pour nous.
Notre tribu est jeune, elle doit s'imposer si nous voulons survivre. Tu sais ici comme ailleurs, on se bat pour avoir sa place. Je ne crois pas que ce soit très différent dans ton monde.

Nous savons ce qui se passe chez vous.
Nous n'ignorons pas que les rédempteurs et le Seigneur sombre de l'Iwashika Sakasuza usent et abusent de leur force de frappe pour trouver des reliques qui les rendront encore plus puissants, nous voyons bien que les créationnistes emmenés par le Saharid se préparent à une guerre économique qui ne sera pas moins violente et les guerriers de Varuna qui se groupent pour leur survie dangereusement coincés entre le marteau et l'enclume.


Sahèn hocha la tête. Les choses étaient sûrement un peu plus compliquées que ça mais Tharoog n'était pas très loin de la la vérité.

Soudain un long sifflement vint rompre le silence.
Sahèn mis la main sur son arme mais le garçon lui fit signe de ne pas dégainer. Tharoog scruta la nuit et à son tour émis le même sifflement.
Une silhouette sombre se découpa dans les ombres mouvantes du feu de camp.
Une tête aux yeux révulsés vint rouler jusqu'à leurs pieds.
Vous en aviez oublié un ironisa une voix féminine.

Anya ! Que fais tu ici ?

La Dhara trouvait que tu traînais trop Tharoog, tu es lent mon pauvre gars ! Pour une fois qu'on te confie une mission importante tu aurai pu te bouger un peu ! Elle m'a envoyé te chercher, toi et ton précieux colis !

Ses grand yeux sombres se posèrent sur Sahèn.
Alors c'est toi le pisteur ?
Elle le toisa de pied en cap.
On se donne du mal pour te ramener en un seul morceau, j'espère que tu seras aussi utile que la Dhara semble le penser.
Elle se pencha vers lui et baissa la voix, personnellement j'ai des doutes …

Sahèn savait reconnaître la provocation quand il l'entendait et décida que cela ne méritait pas réponse.
Lui aussi avait observé la jeune femme.
Une silhouette fine, de l'élégance dans son port de tête, dans sa démarche féline, de la force aussi. Elle avait une voix grave et mélodique dont, indéniablement, elle savait jouer. Derrière l'éclat de son regard il vit de la colère, une forme subtile de sauvagerie qui lui glaçait le sang, derrière l'ironie de son sourire il vit de l'amertume et de la colère.
Quel douloureux mystère cachez- vous Mademoiselle Anya ? se demanda-t-il.

- Le prisonnier est mort !

- Dommage

- On ne pourra pas l'interroger

- L'interroger ? Pourquoi faire ? Ce sont les hommes de Barthas. La main qui nous a nourri hier porte aujourd'hui le germe de notre destruction mais j'espère pour lui qu'il ne croit pas que ce sera facile car si c'est le cas, il va être surpris. J'aurai aimé lui renvoyer son homme de main avec la langue coupée et les yeux crevés pour qu'il comprenne que nous ne plaisantons pas avec notre survie et qu'avec ou sans guide le combat continuera !

Au matin, ils rassemblèrent leur affaires pour continuer un voyage qui s’avérait de plus en plus dangereux.
Pendant que les jeunes gens s'occupaient des porteurs, la curiosité de Sahèn le poussa à examiner la pierre de rituel.

Il s'agissait du pan en partie démolie d'un ancien arche.
Du bout des doigts, il effleura respectueusement la pierre ancestrale.
Elle était faite du granite qu'on trouvait communément dans la montagne qui ceinturaient le cratère. La roche était mouchetée de cristaux brillants dans lesquels le soleil renvoyait d’envoûtants éclats, on aurait dit un quartz ambré, cette coloration pouvait laisser penser à la présence d'une légère radioactivité mais d'où serait-elle issue ?

Un picotement sur sa peau l'encouragea à continuer son examen, il ferma les yeux pour faire appel à ses souvenirs, à ses connaissances.

Il ressentit dans son esprit comme une décharge électrique, un flash et des images commencèrent à déferler dans sa tête.
Une Ville, perle d’albâtre lovée dans l’écrin carmin des montagnes volcaniennes, il la reconnaissait, c'était Agnosco .. c'était presque Agnosco.
Elle était bien différente de la Ville qu'il avait souvent visité.
Elle était blanche, magnifique avec ses tours gracieuses qui côtoyaient le ciel, ses jardins suspendus, luxe improbable dans ce terrible environnement. Elle paraissait pourtant bien réelle mais il savait que ce n'était pas le cas.
L'Agnosco qu'il connaissait était la capitale de la contrebande et de tous les vices, ses bâtiments d'un gris terne sombraient dans l'abandon et la ruine, dans ses rues boueuses grouillaient tous les mendiants et les putes de l'univers. Elle ne devait l'exubérance de son économie qu'à un florissant commerce parallèle drainé par le bouge paradoxalement le plus célèbre et le plus discret de la galaxie, une taverne au nom provocant aussi bien gardée que le siège de la corporation, « le Pardon ».

Il avait comprit.
Il en était sûr, ces cristaux n'étaient pas du quartz, c'était de la pierre de mana mais sous une forme et d'une couleur qu'il n'avait jamais vu ailleurs. le granite était donc incrusté de l'élément indispensable à toute magie mais sous une forme altérée ou peut être même corrompue.

Cette terre livrait plus de mystères que d'explications !

A son retour, ses compagnons étaient déjà en selle et l'attendaient.
Tharoog lui tendit la main pour qu'il se hisse sur le porteur.

Tu as bien compris que la suite de notre voyage ne va pas se faire en toute sécurité ?
Sahèn lui jeta un regard en coin, il savait que la question n'était pas anodine.
Crache le morceau Tharoog !

Le garçon soupira.

Éviter les sandhole n'est pas le seul avantage à voyager à dos de porteur, nous avons la possibilité de bénéficier de la transparence naturelle de ces créatures pour voyager en toute discrétion.

L'invisibilité ! Il y a bien des circonstances où Sahèn aurait payé cher pour en bénéficier. Pour un homme aussi discret que lui, cela lui aurait permis de se fondre dans le paysage, pour un observateur aussi fin, il aurait pu être là sans y être, entendre sans être vu. Quels secrets aurait-il pu découvrir, quelles énigmes aurait-il pu élucider s'il avait eu cette faculté ?

Ne perdons pas de temps, allons-y.

Ce furent d'abord ses jambes qui s’estompèrent, puis petit à petit, le reste de son corps.
Il regarda avec fascination la transparence gagner ses mains puis un à un ses doigts et il fut pris d'un violent haut le cœur.
Qu'est ce qu'il m'arrive ? Je vais vomir tripes et boyaux s'exclama-t-il dans un hoquet .
Manifestement sa gêne soudaine amusait beaucoup Anya .. ;
Cette fille a le don de m’énerver se dit-il entre deux spasmes.

Calme toi, lui dit la jeune femme, ça va passer. Le problème avec les galacticains c'est qu'ils confondent leur apparence et leur personne, donc quand leur corps disparaît, ils ont l'impression de se perdre eux même et cela provoque une réaction de rejet, une auto-défense réflexe. Mais tout ça n'est que psychologique, aucune raison d'en faire une montagne !

Accepte simplement le fait que ton esprit est distinct de la simple apparence corporelle qui le contient et tu verras que la furtivité ne te causera plus aucun désagrément. Vous êtes tous trop superficiels à confondre les strass du paquet cadeau avec le contenu de la boite !


Sahèn aurait mangé des pierres si on lui avait dit que ça ferait cesser les spasmes et les nausées qui le torturaient … il se plia donc à l'exercice.
Au bout de quelques heures dont il se souviendrait toute sa vie, le malaise se calma peu à peu jusqu'à n'être qu'un mauvais souvenir.

Si je comprends bien je ne suis pas le premier galacticain à bénéficier de la furtivité des porteurs ?
Sa question se perdit dans le vent du désert mais pour Sahèn certains silences parlaient mieux que des mots.

Deux jours plus tard, ils arrivèrent en vue de la montagne qui délimitait le cratère.

….
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flamme
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Re: L'APPEL

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J'avais vu scintiller l'arbre de vie galacticain, vibrante constellation de merveilles éclairant la nuit.
Là haut vers la cime s’étalait tous le strass de la galaxie,les chefs d'Etats, les diplomates, la noblesse des combattants, les Généraux fiers de leurs faits d'arme, sûrs de leur pouvoir … infatués de leur personne.

Leur drogue c'était d'être sous les feux des projecteurs, tous les yeux de la galaxie tendus vers leur moindre mouvement, le souffle accroché à chacun de leurs actes, à leurs quelques paroles.

Ceci n'est pas pour moi.

Moi je viens des bas fonds, j'y ai connu mes premières amours, versé mon premier sang, mes premières larmes aussi et j'y ai vu tant de choses que le sénat exsangue me paraissait flotter haut dans le ciel, tellement, tellement au dessus de nous et de la réalité que je ne m'étonnais pas qu'il sonne comme le pauvre et mélancolique glas de ce monde.

Ici sur Volcano, quand la nuit tombait sur Agnosco, on voyait la foule mouvante de ceux qui préféraient la discrétion, le secret, les complots. Il y a plus de dirigeants dans les alcôves sombres des tavernes que dans les couloirs du Sénat.

Cette galaxie qui fut dense, guerrière, remuante, en un mot vivante, elle rendait aujourd'hui son dernier souffle. De démesurée, elle était devenue ridiculement petite ou petitement ridicule, comme il vous plaira.

J'écartais d'un coup de pied la poubelle qui obstruait l’accès à la petite porte rouge sombre que nous connaissions tous. L'homme à l'entrée me lança un regard fuyant et pervers, il était gras, dépenaillé sa chemise était ouverte sur un torse velu et son odeur de transpiration rance me persuada de descendre rapidement le petit escalier qui menait à la salle du bas.

Je n'étais pas dupe, personne ne l'était.
Cet endroit était dangereux pour qui n'y était pas attendu, ceux dont la présence était inopportune ne se risquaient ici qu'au péril de leur vie.

Je clignais des yeux, fumée, brouhaha, lumières dansantes, j’étais presque saoul sans avoir encore bu une seule goutte d'alcool. On venait ici pour étancher sa soif aux nectars délicieusement exotiques, égarer son esprit aux substances étranges et satisfaire ses envies inavouables. En ce lieu, les orateurs les plus charismatiques et les rhéteurs les plus adroits venaient distiller le poison de leurs idées sulfureuses, subversives qui subtilement susurrées se répandraient demain pour devenir le credo des peuples.

Nous étions dans le bouge le plus célèbre de notre univers, Nous étions au PARDON.

Le Pardon était connu dans toute la galaxie, on y rencontrait les pires fripouilles comme les plus grands dirigeants, le gratin du monde du spectacle, les stars du porno, quelques grands conseillers et il paraîtrait même qu'on y avait vu l'Archimage mais ça .. on n'en était pas très sûrs.

C’était une grande salle bordée d'un large comptoir chromé sur toute sa longueur, au dessus des bouteilles suspendues, un immense néon rouge clignotait pour dessiner les lettres : LE PARDON . Sur le coté quelques tables cachées par des paravents décorés dissimulaient les secrets de l'amour comme ceux des affaires ou de la diplomatie.
Tout au fond, sur une scène mobile, une curieuse créature bleutée chantait d'une voix venue d'un autre monde et près du bar, un grand écran diffusait les dernières informations et les débats sénatoriaux.

Ce soir l'actualité c'était la nomination des nouveaux Grands Conseillers et la solidité des boucliers anti-nucléaires de l'Iwashika Sakasuza.
L'annonce des noms de ceux qui hanteraient la tour blanche déclenchait des huées, des sifflements mais aussi des tonnerres d'applaudissements. Chacun avait son favori et l’enthousiasme comme la déception se manifestaient bruyamment.


Je m'installais au bar, sur un tabouret haut et commandais un verre d'une liqueur vertanienne allongée d'eau pétillante.
Je n’étais là ni pour les spectacles, ni pour les débats. J’étais venu pour affaires.

J'avais le sentiment d'avoir enchaîné plusieurs vies, peut être suis-je comme les chats et si comme eux, j'ai neuf vies, il m'en restait quelques unes à vivre encore mais de tout temps, j'avais vendu mes services et c'est encore pour cela que j'étais là ce soir.

Une prime de plus, une proie supplémentaire à mon tableau de chasse me faisait toujours frissonner d’excitation. J’espérais que ce serait enfin un vrai défi, une course poursuite dans laquelle je pourrai mettre toute mon énergie, toute ma ruse, toute ma férocité. Je rêvais d'une proie dangereuse, maline, intelligente, une prise dont je serai fier, ce serait peut être pour ce soir …
Mais les animaux ne m’intéressent pas, moi, je chasse les hommes.

Il était l'heure et je me dirigeais vers une alcôve discrètement protégé de la vue des clients.
Une femme m'y attendait. Ses yeux clairs brillaient sous une capuche sombre et ses longs doigts tapotaient doucement le bois de la table.

Bonsoir Thierno.

Je hochais la tête, sa voix était douce, grave, inquiétante. Un frisson parcouru mon dos et quelque soit ma mission, je venais de comprendre que je n'aurai d'autre choix que de l'accepter car on ne sortait pas vivant d'un refus fait à cette femme.

- J'ai cru comprendre que vous connaissiez bien le cratère d'Allassidh sur Desertica ?
- Oui Madame, j'y ai vécu quelques temps.

- Je vous demande de retrouver un homme dont on a perdu la trace dans cette zone suite à un accident. Son Chasseur s'y est écrasé et depuis nous ne savons pas ce qu'il est devenu. Les traceurs dont il était munis se sont déconnectés peu avant l'impact et aujourd'hui nous ignorons s'il est vivant ou mort.

Il s'appelle Svaïm Cortius, il a la trentaine. Son père était un ancien chef d’État déchu et écrasé par les guerres.
Élevé pour être un dirigeant, il est originaire de Volcano. Il a aussi vécu sur Galactica où sa femme a disparue dans un attentat et plus récemment sur Vertana. Il n'a jamais développé ni les qualités d'un diplomate ni celles d'un général mais ne vous y trompez pas, il en a d'autres qui le rendent bien plus dangereux.

Je veux que vous retrouviez cet homme.


- Devrai-je l'éliminer ?

- Non, vous devrez le trouver et ne plus jamais perdre sa trace. Je veux savoir exactement ce qu'il fait, tout ce qu'il fait, que ça vous paraisse important ou anodin, je veux tout savoir.

Vous allez recevoir cinq millions de crédit pour lancer votre chasse et cinq millions de plus quand vous l'aurez retrouvé. Vous serez crédité d'un million par décade tant que vous ne perdrez pas sa trace et que vous me communiquerez les informations.
Vous avez compris ?

- Oui Madame
- Bien


Mon terminal sonna et je vis que les premiers cinq millions avaient été transférés sur mon compte mais quand je levais les yeux la femme avait disparu.

Elle avait laissé sur la table un dossier contenant les informations sur Cortius.
Un coup d’œil sur la photo me montra ma cible.
Cet homme ne m'était pas inconnu, je l'avais déjà croisé sans me souvenir du lieu ni des circonstances. Il était grand et mince et ses longues mains fines contrastaient avec la largueur de ses épaules, son visage semblait accumuler les souffrances mais au fond de l'éclat ambré de ses prunelles, je vis que j'avais enfin trouvé un adversaire à ma mesure, une proie digne de moi.
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flamme
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Re: L'APPEL

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Elle les attendait depuis l'aube.
Elle avait escaladé un rocher jaunâtre d'où elle pouvait voir loin en direction du désert. Ses pied nus s’étaient écorchés sur la roche dure mais elle avait fini par s'asseoir au sommet.
Jay était une jeune Dhara et souvent le poids de cette responsabilité lui paraissait trop lourd.
En bas elle apercevait l'activité du camp que la tribu avait installé au pied des montagnes, les enclos des bêtes, les enfants qui faisaient des allers retours jusqu'au puits pour remplir les abreuvoirs, le bruit régulier des pioches des hommes qui minaient, le marteau du forgeron, le chant des femmes, la vie des siens …

Elle faisait bonne figure mais elle était inquiète.
La tribu était fragile, jeune, inexpérimentée et la disparition du gardien la rendait encore plus vulnérable. Jay savait que le destin de ces hommes et de ces femmes pesait sur ses épaules, ses mains tremblaient, ses nuits étaient courtes mais elle serrait les dents et trouvait au fond de son cœur des trésors de courage insoupçonné.

Lorsqu'elle fermait les yeux elle revoyait souvent ce jour où Barthas les avait envoyé quérir, elle et Lediv.
Il est temps de scinder la tribu leur avait-il dit sans préambule.
C'était tombé sur eux comme la foudre.
Ils s'y attendaient mais ils n'auraient jamais cru que ça arriverait si vite.
Lediv avait froncé les sourcils et ses yeux s’étaient plissés dardant sur Barthas un regard à la fois dur et douloureux mais il n'avait rien dit.

La scission, ils connaissaient tous ce processus et ils y étaient préparés.
C’était une tradition indispensable à la survie des tribus du cratère.
Lorsqu'un groupe était conduit par un bon gardien, il prospérait et devenait naturellement de plus en plus important, plus nombreux, jusqu'au jour où l'eau des puits n’était plus suffisante pour lui permettre de vivre.
Lorsque ce jour arrivait, la déesse envoyait les signes et le gardien devait décider de la scission.

Un nouveau gardien et une nouvelle Dhara était désignés, une partie des hommes et des femmes de la tribus devaient les rejoindre pour former un nouveau clan. Si le groupe ainsi formé était fort il arriverait à survivre, s'il ne l'était pas assez, ils mourraient tous car le désert ne fait aucun cadeau, il n'y a pas de place pour les faibles dans le cratère.

Bien sur les tribus plus anciennes et mieux établies feraient tout pour réduire la concurrence et protéger l'eau dont elles avaient, elles aussi, besoin. Il n'y aurait pas de pitié car chacun lutterait pour sa vie, les anciens clans avec la force de l'expérience, les nouvelles tribus avec la vigueur de la jeunesse.

Plus le jour de la scission approchait, plus Jay était terrifiée des responsabilités qu'elle devrait affronter. Elle ne se sentait pas prête, elle aurait voulu que sa formation dure assez longtemps pour être sûre d'elle et partir dans la sérénité.

Tes craintes ne viennent pas d'une quelconque lâcheté, elles sont l'expression de ta sagesse. Je sais que tu ne te sens pas prête mais tu trouveras dans ton cœur tout le courage nécessaire, fais toi confiance, ton jugement est sûr et tes visions sont claires. Petit à petit, l'expérience que, par nécessité, tu te construiras vite te permettra de les interpréter de mieux en mieux. Si tu n'as pas encore toutes les connaissances que la déesse voulait que je te transmette, tu as néanmoins une chose que tu ne dois qu'à toi même, ton instinct, laisse le te guider et tout ira bien.

Telles furent les dernières paroles de vieille Dhara qui lui avait enseigné son art, elles résonnent encore dans sa tête comme une chaîne à laquelle se raccrocher lorsqu'elle perdait pied.

Quand elle avait senti la vie s'enfuir de cet homme inerte et ensanglanté dans le débris de son chasseur, sa vision intérieure lui avait montré l'avenir. Elle l'avait vu marcher dans une immense grotte aux cotés de Lediv, elle les avait regardé se diriger ensemble vers une lumière verte et pulsante, muets, les yeux émerveillés du spectacle époustouflant qui se présentait à eux.

Elle avait tout d'abord pensé que les deux hommes se dirigeaient vers leur mort, vers leur chemin dans l'au delà mais son instinct lui avait crié, hurlé que non.
Elle l'avait écouté et donné toute sa force, son savoir pour sauver le pilote.
Maintenant elle attendait qu'il arrive, perdue dans ses doutes et ses questionnements, elle priait la déesse de n'avoir pas commis d'erreur.

Le soleil n’était pas loin de se coucher quand elle aperçut au loin les silhouettes des cavaliers, transparentes et tremblantes dans la chaleur de l'immensité désertique, elle plissa les yeux et attendit que les ombres se précisent et deviennent une réalité qu'elle craignait et qu'elle espérait à la fois.

________________________________________________________________________________________________________

Peu avant la tombée de la nuit Sahèn, Tharoog et Anya aperçurent le campement du clan au pied des montagnes.
Une trentaine de yourtes de peaux décorées de dessins d'un turquoise délavé y étaient dressées à l'abri de l'à-pic des falaises de granites.

A leur approche une groupe d'enfants accouru pour les accueillir de leur joie de vivre et de leurs cris. Des brasiers avaient été érigés, des moutons étaient en train d'y cuire répandant dans l'atmosphère des parfums appétissants. Les femmes chantaient au son de la musique étrange d'instruments inconnus, le rythme des percussions rebondissant sur les parois des immenses falaises.

Ils étaient attendus dans la liesse mais Sahèn avait vu la présence des gardes qui, depuis les hauteurs, veillaient à la sécurité du camp munis de fusils laser dernier cri.
Un A était artistiquement gravé sur la crosse.
Ces arme avaient vraisemblablement été fabriquées par l'Antioche ou l'Aress.
Contrairement à ce qu'il avait cru, ce peuple ne vivait pas en autarcie mais entretenait des relations commerciales avec le monde galacticain.

Ils mirent pied à terre et s’avancèrent dans le camp. Sur la droite un grand espace avait été grossièrement délimité par des barrières et les enfants qui les avaient accueilli plus tôt y étaient juchés, encourageant les participants à une course mettant en concurrence de jeunes cavaliers chevauchant des porteurs d'eau.

Qu'est ce qu'ils font ? Demanda Sahèn à Tharoog.

C'est une course Bratigha.
C'est une compétition très prisée parmi les tribus du cratère.
Les jeunes cavaliers et cavalières qui viennent de recevoir leur porteur d'eau s'y entraînent et s'y affrontent. Ils doivent par tous les moyens arriver les premiers en choisissant l’itinéraire qui leur paraît le meilleur et en étant bien sûr le plus rapide. Pour cela ils ont besoin de maîtriser à fond leur monture, ça leur permet donc de se familiariser au mieux avec cette technique.
Tu vois là bas, l'un des concurrents s'est rendu invisible pour tromper son adversaire et la jeune fille qu'il vient de dépasser a fait un bond de téléportation avec son porteur d'au pour rattraper son retard.


Vu l’enthousiasme de Tharoog, Sahèn comprit qu'il avait affaire à un passionné des courses Bratigha.

Je n'en ai disputé que deux mais j'adore ça, lui confirma le jeune garçon mais ne nous attardons pas, la Dhara doit être pressée de te voir.

Sahèn avait imaginé la Dhara de la tribu comme une femme mure et sage, imposante et pleine d'autorité, de bienveillance et il fût surpris de voir la jeune femme qui les attendait. Elle avait à peine plus de vingt ans, on aurait dit une fillette dans sa grande toge couleur safran et ses sandales légères. Ses longs cheveux bruns et brillants cascadaient sur ses épaules et sa bouche esquissait un sourire timide mais ses grand yeux sombres soulignés d'un trait noir étaient sérieux, attentifs, inquisiteurs presque.

Sahèn la salua cérémonieusement, s'inclinant légèrement devant elle.
Mes respects Madame, je suis heureux de pouvoir vous présenter mes hommages, je m'appelle Svraïm Cortius et je vous dois la vie.
Je vous suis redevable, je suis ici pour payer ma dette.

Tharoog le regarda amusé, il ne l'avait pas habitué à autant de cérémonie.

La Dhara lui sourit aimablement et désigna d'un geste gracieux l'entrée de sa yourte où Sahèn s'engagea, laissant Tharoog à la porte.

Il entra dans l'atmosphère feutrée de la tente de Jay.
Le sol était couvert de tapis épais, des coussins brodés de fils d'or permettaient de s'asseoir autour d'une table basse où fumait une théière.
Ils s'assirent face à face et Jay servit,dans leurs tasses, le breuvage brûlant et odorant.
Sahèn avalant une gorgée de Thé remarqua le touage indigo dessinant une frise qui partait du sourcil de la jeune femme, suivait la courbe de sa joue pour venir mourir sur l'arrête de sa mâchoire. Elle s'approcha de lui et planta ses prunelles sombres dans les yeux ambrés de Sahèn, il eut l'impression de la sentir dans sa tête, son regard sombre explora les tréfonds les plus secrets de ses pensées ...

___________________________________________________________________________________________________


Il aurait fallut être bien naïf pour penser que le « PARDON » appartenait au gros barman adipeux qui trônait derrière son comptoir.
Ce bar était devenu une incontournable institution galacticaine.
Tenez, regardez l'artiste qui est en train de régler son instrument sur la petite scène mobile qui le transportera entre les tables. S'il plaît aux clients du Pardon, sa fortune est faite et s'il ne leur plaît pas il se retrouvera, au mieux dans le caniveau demain matin et au pire à nourrir les poissons au fond du canal.

De même, un débat au Sénat qui ne serait pas retranscrit ici n'aurait pas plus d'impact qu'un coup d'épée dans l'eau.
Beaucoup de choses se jouaient donc dans l'atmosphère enfumée et les vapeurs d’alcool de la cave volcanienne la plus populaire de la galaxie et celle qui présidait à la destiné de ces lieux les observait attentivement de son bureau, sur les nombreux écrans qui lui permettaient de ne rien perdre de l'activité.

Elle regardait l'un des courtiers du Bellona Ardens aller de table en table, serrant une main par-ci, offrant un verre par-là pour entretenir les relations nécessaires à son négoce quand elle aperçut l'assassin. Contrairement aux règles de sa profession, il n’était pas discret et sa tignasse rousse se voyait de loin, les tatouages qui recouvraient son corps ne passaient pas non plus inaperçus .

Quand il rejoignit la femme mystérieuse dans l’alcôve au fond de la salle, elle démarra l'enregistrement, elle avait suffisamment d’expérience pour voir que ce rendez vous n'avez rien d'anodin ni de commercial, elle mesurait les enjeux et les faisait siens.
Quand elle entendit le contrat que la femme mettait sur la tête de Svraïm Cortius, sa mâchoire se contracta et ses yeux lancèrent des éclairs de colère.

Ne le laisseraient-ils donc jamais en paix ?

Derrière elle un officier en uniforme noir attendait les ordres. Quand elle se retourna, il baissa les yeux. Cette femme l'avait toujours impressionné, il avait pourtant vu bien des choses dans sa vie de soldat, suivi bien des commandants et traversé bien des guerre mais il restait tremblant comme un jeune bleu quand elle posait ses yeux sur lui.

Dawson, je veux que vous fassiez suivre Thierno et la femme à la capuche, je veux savoir ce qu'ils font, heure par heure, ils ne doivent pas respirer sans que j'en sois informée !

Bien Madame.

Lorsqu'elle se retourna à nouveau vers les écrans il s'attrista devant la cicatrice affreuse qui recouvrait tout le coté gauche du visage de sa patronne. Comment une femme aussi belle pouvait-elle subir ça ?
Quand il sortit elle avait posé la main sur le combiné du téléphone. Elle tapota un numéro.

Oui, c'est moi
Je crois que je vais avoir besoin de vos services …
Merci …


Pendant ce temps dans le bar, l’atmosphère était en train de chauffer.
On venait d'annoncer le démantèlement de l'Iwashika Sakasuza par l'Archimage lui même. La nouvelle était tombée comme un coup de tonnerre. Le maître de l'alliance des Rédempteurs aurait enfreint la Loi et usé de pratiques interdites pour s'enrichir.

Les commentaires allaient bon train et beaucoup se demandaient quel serait le sort des rédempteurs s'ils étaient privés de leur chef.
Nomination d'un nouveau chef ? Dissolution pure et simple ?
Les paris étaient ouverts et les bouteilles de Berrychampagne s’amoncelaient déjà sur le comptoir.

Ce genre d'histoires était excellent pour les affaires et le gros barman se frappait la panse de satisfaction.

C'est alors que les écrans se rallumèrent et Lord Stark, Maître de l'alliance des Guerriers de Veruna et Dirigeant de Winterfeld déclara officiellement la guerre à l'alliance des rédempteurs qui venait justement de perdre son chef.

La salle s'emplit de clameurs.
Au comptoir, un pirate, un verre à la main s’exclama dans un rire gras  : Ce Lord Stark est une tarlouze de compétition ! Depuis que l'Iwashika n'est plus là, il se sent pousser des couilles !

Un tabouret vola dans sa direction.
Manifestement tous les clients ne partageaient pas son point de vue !

La Patronne attendit un bon quart d'heure avant d'envoyer les videurs mettre de l'ordre, une petite bagarre de temps en temps ça ne faisait de mal à personne ...
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Re: L'APPEL

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Thierno tourna à gauche en sortant de la ruelle et se dirigea vers le Port.
Plus il s’approchait et plus l'odeur de la marée assaillait ses narines.
Il n'était pas encore l'heure des belles de nuit mais déjà les jongleurs, musiciens et autres amuseurs quémandaient quelques sous aux passants affairés qui les regardaient à peine.

Le soleil était haut dans le ciel et son estomac le convainquit de s'arrêter à l’étal d'un cuistot qui lui vendit une brochette de saucisses de poissons dont il était particulièrement friand et qu'on ne trouvait que dans ce quartier de la Ville.
Il était en avance et se permettait de flâner dans ce quartier grouillant de vie où beaucoup d'échanges commerciaux donnaient à l'économie d'Agnosco tout son attrait et attiraient ceux qui n'avaient pas peur de prendre quelques risques pour de bonnes affaires qui les rendraient riches ou les conduiraient dans les geôles de la Confédération.

Cette ambiance lui rappelait ses jeunes années, où fugitif effrayé, il n'avait dû sa survie qu'à des rapines et quelques mauvais coups aujourd'hui oubliés.



Il attendit que l’après-midi touche à sa fin pour glisser quelques crédits dans la main d’un bateleur qui le conduirait dans le labyrinthe de canaux que formaient, dans cette partie basse du port, des bateaux qui n’en sortaient jamais et qui ne prenant jamais la mer s’étaient sédentarisés comme une étrange ville flottante pour proposer à ceux qui pouvaient les payer, les services les plus variés et les moins conventionnels.

Il devait rejoindre le cratère d’Allasith, au cœur de Désertica, y retrouver cet homme et le surveiller constamment mais ce ne serait pas chose facile, le lieu était mystérieux et peu accessible et sa proie était méfiante et dangereuse. Il devait être prêt à accomplir sa mission.
C’est ici, dans ce dédale de forbans, de voyous et d’assassins qu’il trouverait ce dont il avait besoin.

Le bateleur saisit un cordage qui pendait le long de la coque d’un immense navire dont les mats semblaient toucher le ciel rougeoyant de Volcano et d’un geste assuré, vint coller sa petite embarcation à l’énorme bateau. Il émit, à trois reprises, un long et puissant coup de sifflet.

- Un visiteur pour ton Maître cria-t-il au matelot qui se penchait par-dessus le bastingage.

Entendant le grincement d’une poulie, Thierno vit descendre un dispositif de cordes et de planches de bois, il y glissa un pied et la poulie se remit en marche pour le hisser sur le pont.
Lentement, il vit défiler devant ses yeux les larges planches de bois rares enchâssées les unes aux autres qui formaient la coque, les ferraillages qui les maintenaient, les chromes rutilant des écoutilles et une fois en haut, il s’étonna, comme à chaque fois, des merveilles de cette boutique flottante aussi remplie de ressources que de mystères.

D’autres clients étaient là et furetaient dans les allées encombrées d’objets hétéroclites.
Des familles étaient venues jusqu’ici avec leurs enfants. Une galacticaine de près de deux mètres surmontée d’un immense chignon de boucles qui faisait penser à une pièce montée tenait sur son avant-bras son enfant au visage impassible, elle marchait à tout petits pas enchâssée dans sa robe rouge métallique et tentait de suivre son mari qui peinait à canaliser l’excitation de ses deux aînés devant les cages d’animaux rares.
Les cages étaient entassées les unes sur les autres et s’en échappaient des cris, sifflements et grognements peu engageants aux yeux de Thierno.
Il avait du mal à croire que ces bêtes étaient le fruit de la nature, elles lui semblaient plus probablement issues des travaux de généticiens fous. Il grimaça et marcha rapidement vers un autre secteur.

Il monta quelques marches pour accéder à l’étage des tenues extravagantes.
Il y en avait de toutes sortes, adaptées à toutes les races du système mais aucune qui soit commune, rien de passe-partout, toutes étaient plus remarquables les unes que les autres.
Il se sentit attiré par une superbe robe en taffetas de soie bleu nuit qui reflétait dans sa splendeur de mystérieuses constellations.
Il caressa le tissu de ses longs doigts effilés et soudain, il ressentit une bouffée de chaleur, dans sa bouche le gout d’un alcool fort , les parfums capiteux, l’atmosphère surchauffée, la musique et le bruit d’un bal de gala, il se sentit tournoyer dans une valse folle entre des bras puissants et exigeants, l’émotion, le plaisir et son cœur qui battait à tout rompre !
Dans un sursaut de résistance, qui lui permit de retrouver ses esprits, il posa brusquement le vêtement là où il l’avait trouvé et encore essoufflé par sa danse imaginaire, il s’éloigna en se promettant qu’il serait désormais prudent avec les objets de cette boutique.

Il se laissa néanmoins tenter par jeux en bois vertaniens qui présentaient des énigmes de plus en plus difficiles en fonctions du talent du joueur, lorsqu’une énigme était résolue, les pièces se réorganisaient toutes seules pour présenter de nouveaux problèmes à la hauteur de son talent.
Il s’y adonna pendant quelques minutes et en choisit un qu’il décida d’acheter.

Le reflet des lampes tempêtes dans les chromes du bateau l’attira vers une table couverte de velours rouge où s’étalaient nombre de colifichets, il ouvrit un écrin blanc qui trônait au centre de l’étalage.
Il contenait un œil dont la paupière s’ouvrit en même temps que le couvercle, le regard qu’il jeta sur lui, lui glaçât le sang et il le referma prestement.

Plus il s’enfonçait dans le dédale de la boutique plus les clients se voulaient discrets, certains portaient des voiles, d’autres des capes sombres et leurs regards furtifs trahissaient la crainte d’être reconnus.
Ce comportement fit sourire Thierno, tant de nos jours, il était facile de tracer un individu quels que soient les déguisements dont il prendrait la peine de se revêtir.
Ces nouvelles technologies avaient rendu le métier de Thierno beaucoup plus difficile mais il était un maître assassin et il ne prenait pas la peine de masquer sa flamboyante tignasse rousse inutilement.

Il était arrivé au fond de la boutique.
Il s’assit sur l’un des fauteuils mis à la disposition de la clientèle et prit son temps pour regarder les nombreux clients aller et venir suivis des petits drones vendeurs qui enregistraient leurs achats, portaient leurs emplettes et les renseignaient sur les produits.

Thierno se demandait comment un lieu aussi difficile d’accès que la boutique d’Agamemnoff pouvait attirer autant de monde ! Il avait du mal à imaginer la troupe de musiciens aqualiens qui étaient en train de tester des instruments à eau et à vent, se hisser par la poulie de la coque... Et encore moins la grande et rigide mère de famille galacticaine qu’il avait croisé un peu plus tôt !

Un petit rire amusé s’éleva du fauteuil voisin, perdu dans ses pensées, il n’avait pas entendu arriver le Maître des lieux.
Agamemnoff lui adressa un regard amusé.

Vous savez cher ami, cette boutique ouvre ses richesses à qui en a besoin. La façon d’obtenir ce qu’on cherche est aussi importante que ce que nous voulons ! Vous aviez besoin de sombres canaux et d’escalade acrobatique pour arriver jusqu’à moi, d’autres ont besoin d’explorer des voies différentes, l’important c’est de vous satisfaire tous.

Agamemnoff n’était pas un nain. C’était un homme de petite taille.
Son abondante chevelure blanche arrivait tout juste au coude de Thierno mais derrière ses lunettes d’écailles, des yeux d’enfants pétillaient de malice.
Il sauta de son fauteuil et se dirigea vers son bureau.
Je vous précède dit-il à Thierno, venez dans mon bureau, nous allons examiner vos besoins.

La pièce était chaleureuse.
Un grand bureau de bois sombre sculpté occupait le centre de la pièce, le mur du fond était garni d’une collection complète de pendules dont les antiques tictac rythmaient les minutes et les heures. Le sol était recouvert de tapis épais et bigarrés, un énorme lustre de cristal diffusait une lumière douce.
Les deux hommes travaillèrent tard dans la nuit.
Quand, peu avant minuit, une servante leur apporta un pot de café fumant et deux tasses, elle eut la surprise de trouver son Maître seul perdu dans la lecture d’un grimoire ancien.

Excusez-moi Maître mais je pensais que vous étiez avec un client !
Comme vous pouvez le constater, je suis seul lui répondit-il amusé. Il la suivi des yeux jusqu’à ce qu’elle referme la porte du bureau.

* *
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L’homme en habit sombre posté à l’entrée du port jura !
Il décrocha son communicateur et composa un code d’une main tremblante :
Madame, C’est Dawson. Nous l’avons perdu.


Ils avaient tous vu Thierno arriver mais personne ne le vit repartir.
Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son

J'ai un autocollant "Soulis 4ever" sur ma voiture depuis 1897 !
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